Cette année, le grand gagnant est l'Américain John Stanmeyer pour son cliché de migrants africains qui tentent de capter un signal téléphonique pour parler à leurs proches restés à la maison.

Prises de vies au Musée de la guerre

Immédiatement, le contraste arrête le regard: un nageur, flottant paisiblement dans une piscine, laisse une impression de douce quiétude. De plus près, on distingue son bras tronqué, ses brûlures et ses blessures au visage. C'est l'effet pastel des teintes de cette photo qui la rend subversive. L'artifice des couleurs sert à en dénoncer un autre, au centre de l'image: Bobby Henline est le seul survivant de l'explosion du blindé dans lequel il roulait, au cours de sa quatrième mission en Irak. Pour cette image qui accueille le visiteur, Peter van Agtmael a reçu le deuxième prix dans la catégorie «Portraits spontanés Reportages».
Tous les clichés primés en 2013 par le World Press Photo sont exposés dès aujourd'hui - et jusqu'au 21 août - au Musée canadien de la guerre.
Ce concours délivre chaque année le prix international le plus prestigieux réservé aux photojournalistes. Un jury composé d'une quinzaine de membres détermine les meilleures photos de l'année, répertoriées en neuf catégories différentes. Une sélection des oeuvres des lauréats - 143 sur 400 - est alors présentée dans 40 pays, dont le Canada, où Ottawa constitue la première étape.
Mais inutile de chercher le travail de photographes canadiens; cette année, il n'y en a pas. «Et cela faisait très longtemps que ça n'était pas arrivé», fait remarquer le porte-parole du World Press Photo, Micha Bruinvels.
Cette année, le grand gagnant de la photo 2013 est l'Américain John Stanmeyer pour une photographie prise à Djibouti la nuit. Des migrants africains tentent de capter un signal téléphonique pour parler à leurs proches restés en Somalie. L'universalité du thème - la recherche de signal sur son cellulaire - rompt avec les codes habituels de l'organisation, plus habituée à récompenser des images tragiques et spectaculaires.
Clichés engagés
Visiter une telle exposition, c'est aussi se demander ce qu'on va y trouver, à quel musée des horreurs, cru 2013, le regard sera confronté. Si les catégories animales et sportives, généralement inoffensives, sont reléguées au fond du parcours, les panneaux d'accueil demeurent souvent les plus difficiles à regarder.
Cette année encore, des clichés de cadavres déchiquetés se détachent ici et là. Des corps informes, poissés de sang, à moitié engloutis sous les décombres, arrachent des frissons.
«Les ravages du typhon Haiyan, aux Philippines, vous vous souvenez?» questionne Micha Bruinvels. Une légende rappelle les 6200 morts et quatre millions de déplacés. Fragments des moments d'une année qui refusent de tomber dans l'oubli.
Indéniablement, ces photographies sont d'une incroyable puissance. Pourquoi? Souvent proche de son sujet, le cadre oscille entre réalité crue et symbolisme. Insolentes, mais rarement tapageuses, ces images sont plus fréquemment belles et tragiques à la fois.
Si certaines éveillent les consciences, comme celle de ces albinos aveugles d'un internat en Inde, on ne sort pas non plus indemne de s'être immiscé au coeur de la tuerie du Westgate, centre commercial kenyan immortalisé de l'intérieur pendant le massacre par Tyler Hicks. Persistance et hantise des images.
Où? Musée canadien de la guerre
Quand? Jusqu'au 28 août
Renseignements? 819-776-7000; www.museedelaguerre.ca