Le Carafé au 152, rue Montcalm à Gatineau.

Pourquoi le Carafé passe inaperçu?

Depuis quelques mois, tous les yeux sont fixés sur la rue Montcalm, où la sommelière Véronique Rivest planche sur un bar à vins qui misera fort sur la renommée qu'elle a acquise avec sa deuxième place au concours du Meilleur sommelier du monde, au printemps 2013.
Pourtant, personne ne semble remarquer qu'un autre établissement du genre existe déjà à quelques pas: le Carafé, un sympathique bistro qui mise sur les vins, la bière et des plats de dégustation fort réussis. Depuis un an que Le Carafé a pris la relève de la Brûlerie, puis de l'éphémère Café Corsé à cette adresse, il passe trop facilement inaperçu. Et c'est bien dommage.
Le coeur et l'âme
Virginie Gerard est le coeur et l'âme de cet établissement. Capable en cuisine mais plus à l'aise en salle, elle a conçu la carte, encadre le jeune chef Jonathan Thomassin et insuffle caractère et énergie dans ce bistro à son image.
Le Carafé - un nom bizarre qui joue sur les mots «café» et «carafe» - a été lancé en mai 2013 en misant sur la clientèle du midi, et les soirs de fin de semaine. Progressivement, les heures d'ouverture ont été remaniées et la cuisine est maintenant opérationnelle du mercredi au samedi.
Le menu consiste en 15 plats dont certains rappellent assez fidèlement les bars à tapas d'Espagne. Ce sont de toutes petites assiettes offrant quelques bouchées qui jouent sur les teintes du salé... ce qui donne soif et encourage les clients à commander un autre verre. Des noix et des olives, par exemple. C'est d'ailleurs la première proposition au haut du menu. Dans le même registre, on trouve des artichauts poêlés (7$, assez ordinaires), des trempettes pour accompagner du bon pain (ici, des naan d'origine indienne, 7,50$), des dattes farcies de chèvre et enroulées dans du jambon prosciutto (8$). Ces dernières, si simples et si délicieuses, sont particulièrement démentes pour quiconque apprécie le mariage sucré-salé.
On se laissera par la suite facilement emporter dans un voyage avec la tortilla (7$), mariage de pommes de terre tranchées et liées avec des oeufs, ou encore les saucisses merguez avec sauce harissa (9$).
Oser l'os à moelle
Les plus aventuriers en cuisine oseront quant à eux l'os à moelle... Un gros os, taillé sur la longueur, ce qui expose la délicieuse et bien grasse moelle que la chaleur intense du four, un filet d'huile et d'ail ont rendu encore plus gras. Il faut bûcher ferme pour retirer toute la moelle qui se cache dans les cavités. Ah, un plaisir de gourmand que l'on ne trouve nulle part ailleurs. Avec quelques bouchées d'un pain très honnête, ça fait rêver.
La maison propose aussi une demi-douzaine de préparations un peu plus soutenantes qui répondent mieux à la définition de «plats de dégustation». Ce sont des demi-portions qui, jumelées à une autre, constitueront un repas à peu près complet.
On trouve au Carafé des raviolis, un poisson câpres-citron, une salade César. Ce jour-là, l'oeil s'est arrêté sur le risotto aux champignons (10$), les médaillons de porc (12,50$) ainsi que les crevettes à la crème et au Sambuca (15$). Le tartare de canard (14$) sera mis en réserve pour une prochaine fois.
Le porc est le moins intéressant du trio. Un peu sec malgré sa marinade, et puis tellement apprêté partout de nos jours qu'on s'en est lassé.
Le risotto est fort bien réalisé. La cuisine a été généreuse avec ses champignons goûteux, la cuisson à peu près exacte. Les crevettes fraîches nagent quant à elles dans une riche sauce crémeuse dont l'on nappera deux ou trois quignons de pain.
Tout fait maison
Le Carafé propose quelques desserts faits maison (comme tout le reste); la tarte aux pacanes et au chocolat satisfera ceux qui ont la dent très sucrée.
Le service est efficace, juste au bon rythme, ce qui laisse le temps de déguster l'une de la demi-douzaine de bières d'exception, et deux fois plus de choix de vins, à prix concurrentiels.
On sent malgré tout que Le Carafé se cherche un peu. Il serait un excellent bistro de quartier mais pas où il est. Presque voisin des Brasseurs du temps, il passe encore inaperçu.
L'ouverture de Soif, le bar à vins de Véronique Rivest, n'effraie pas Virgine Gerard, qui a choisi de voir la vie du bon côté. «Le plus de restos il y a ici, le plus cela créera de l'achalandage. Ça ne peut pas être mauvais», lance-t-elle.
Pour deux personnes, calculez entre 50 et 60$, plus taxes, boissons et service.
Pour y aller: Le Carafé, 152, rue Montcalm, Gatineau, Qc.
Renseignements: 819-772-9100 ou www.lecarafe.com
Cote Jury: 14/20