Pontiac: funeste fusion

Dans le Pontiac, les francophones sont depuis plus d'un siècle menacés d'assimilation. Ils ne restent majoritaires que dans le secteur formé par les municipalités contiguës de Fort-Coulonge, Mansfield-et-Pontefract et Île-du-Grand-Calumet. Or, si la fusion envisagée des 18 municipalités de la MRC Pontiac se réalise, ce qui reste de francophonie dans l'ouest de l'Outaouais risque d'être mis en minorité pour de bon. C'est un scénario qu'il faut à tout prix écarter !
Dans le tableau politique et socioéconomique de la région qu'ils ont brossé pour la Municipalité régionale de comté, les auteurs des scénarios de fusion ont à peine effleuré l'enjeu linguistique et culturel en deux petits paragraphes (sur 90 pages !), et en se trompant grossièrement par surcroît dans leur description. La protection et la promotion du fait français dans une région du Québec où il a été perpétuellement malmené ne figurent nulle part ! Ont-elles même été soulevées ?
Le rapport du cabinet d'experts-conseils Raymond Chabot Grant Thornton propose trois projets de fusion, tous inacceptables : une fusion intégrale, où les francophones ne forment que 40 % des électeurs sur l'ensemble du territoire, ainsi que des regroupements partiels en deux ou quatre municipalités où, quelle que soit la décision, les francophones de l'Île-du-Grand-Calumet sont noyés dans un groupe de localités à forte majorité anglophone.
A-t-on seulement songé aux conséquences culturelles de ces fusions qui semblent n'avoir, pour motif principal, que des facteurs économiques ? « La prépondérance de l'une ou l'autre des deux langues officielles dans les municipalités du Pontiac de même que la proximité de l'Ontario devront aussi être pris en compte dans l'éventualité d'un ou plusieurs regroupements municipaux », se contente de noter au passage le rapport des experts-conseils.
S'il reste quelque part, quelque volonté de préserver ce qui reste des communautés francophones du Pontiac, c'est le temps d'agir ou jamais. Plus notre culture s'y éteint, plus la volonté s'effrite. Peu importe les recommandations qui émaneront de l'étude des scénarios de fusion, c'est Québec qui devra éventuellement prendre les décisions. Souhaitons qu'il s'y trouve plus de défenseurs du français que par ici, où le silence de la communauté politique est assourdissant.
Et si les sceptiques veulent vérifier l'effet des fusions intégrales sur les francophones dans le Pontiac, ils n'ont qu'à étudier l'histoire religieuse. Toute la région du Pontiac est soumise aux diktats du diocèse anglo-ontarien de Pembroke, et ce sont les francophones qui en ont souffert. En cette année où l'archidiocèse de Gatineau célèbre son 50e anniversaire de fondation, le temps n'est-il pas venu de ramener au Québec le territoire pontissois qui lui a été injustement refusé en 1963 ? Mgr Durocher n'a qu'à le demander. On ne le lui refusera pas cette fois !