La jeune formation du Rouge et Noir peut déjà compter sur des partisans passionnés et de tout âge.

Place au retour (par la grande porte) tant attendu

Après avoir assisté à la belle mort de deux franchises de football à Ottawa, je ne pouvais m'empêcher de penser hier que si ça ne fonctionne pas cette fois-ci, alors que des conditions gagnantes ont été rassemblées, ça ne marchera jamais.
Un peu plus de 24 heures avant le match inaugural du Rouge et Noir d'Ottawa à son domicile remodelé de la Place TD au parc Lansdowne, il y avait une énergie positive qui se dégageait, autant sur le terrain après le léger entraînement du club qu'à un ralliement organisé sur l'heure du dîner devant l'Hôtel de Ville.
Il y avait une foule d'environ 500 personnes à cette occasion, dont des partisans portant des chandails aux couleurs de l'équipe. Certains étaient des amateurs de longue date qui ont vu mourir les Rough Riders, puis naître et disparaître les Renegades, mais il y avait aussi des jeunes comme David Castilloux, 17 ans, qui n'ont pas de souvenirs de ces années... noires.
«Dans ma famille, on parle souvent de football et j'ai entendu souvent ces noms d'équipes, mais je ne les ai jamais vues. Je suis très excité qu'on ait cette nouvelle équipe, elle est très bonne, elle a de bonnes chances. Il faut juste qu'ils s'habituent à travailler ensemble et tout ça. Je vais au premier match et ça va être très intéressant», confiait le jeune homme qui s'était peinturé le visage, moitié rouge, moitié noir, pour l'occasion.
Castilloux et les autres fans ont pris les joueurs présents d'assaut pour obtenir des autographes après les boniments d'usage.
Henry Burris et Patrick Lavoie ont été particulièrement généreux de leur temps.
De grandes attentes
Les vrais responsables du retour du football à Ottawa, eux, étaient bien heureux de demeurer en arrière-scène. Mais c'est la vision des propriétaires Roger Greenberg, John Ruddy, Bill Shenkman, John Pugh et Jeff Hunt qui se réalise maintenant avec la réouverture de l'ancien stade Frank-Clair, au milieu d'un parc Lansdowne qui ne sera pas reconnaissable quand tout ce qui va l'entourer (restaurants, édifices à bureaux, condominiums, parc, etc.) va être complété, l'an prochain. Facture totale: 172,8 millions$, partagée entre la ville et le Ottawa Sports and Entainment Group (OSEG).
«On dirait que ça fait une éternité qu'on s'est rencontrés et que John Ruddy m'a dit qu'il avait une idée qui pourrait prendre un peu de temps, un peu d'argent, mais qui pourrait nous permettre d'avoir beaucoup de plaisir. Finalement, ce fut beaucoup d'argent, beaucoup de temps, mais là, le fun commence», racontait Greenberg jeudi le long des lignes de côté, lui qui disait qu'il ne pourrait probablement pas relaxer pendant le match parce qu'il s'inquiète de ce qui pourrait mal fonctionner.
C'est certain qu'il va falloir s'armer de patience pour se rendre au parc Lansdowne, alors que le plan d'utilisation de navettes et d'autobus ainsi qu'un stationnement de vélos sur le site seront mis à l'épreuve pour la première fois.
Le stade est pas mal prêt, mais il est évident qu'il pourrait y avoir des anicroches, au niveau du transport comme des concessions qui sont loin d'être rodées.
C'est comme l'équipe sur le terrain: les attentes sont peut-être trop élevées pour la troupe de Rick Campbell alors que les vétérans du club maintiennent depuis le début du camp d'entraînement qu'ils ne se considèrent pas comme un club d'expansion.
Leur gain contre les Alouettes de Montréal en partie pré-saison a peut-être faussé les données, tout comme les trois touchés marqués à leurs trois premières possessions contre Winnipeg à leur match inaugural.
Plusieurs des 24000 spectateurs qui vont s'entasser dans les gradins ont attendu depuis le 5 novembre 2005, une victoire de 27-17 contre les mêmes Argonauts de Toronto qui seront les visiteurs ce soir, pour voir à nouveau du football, ils devraient donc être assez magnanimes si leurs nouveaux favoris éprouvent des ratées.
«Si les partisans sont patients, notre patience à nous est bien plus courte. Les gens disent qu'ils sont heureux d'avoir du football à nouveau ici, et moi aussi. Mais je veux gagner tout de suite, je suis égoïste comme ça. Et tous les gars dans le vestiaire sont comme ça», confiait le quart vedette Henry Burris jeudi.
Moi, pour avoir couvert une multitude de défaites des Rough Riders de la fin des années 80 et du début des années 90, je ne serai pas trop surpris si le Rouge et Noir s'incline à ses débuts à la maison, comme les Riders l'avaient fait à leurs débuts le 19 octobre 1897 (18-7 contre le Montréal AAA), et comme les Renegades le 28 juin 2002 (30-27 contre la Saskatchewan).
Une défaite ne gâcherait pas nécessairement la fête qu'occasionne ce retour par la grande porte du football dans la capitale.