La fière Franco-Ontarienne considère que l'accès à des soins en français est une question de justice sociale.

Pionnière des soins en français

Tout au long de sa carrière, la Dre Jeanne Drouin a contribué à améliorer l'accessibilité aux soins de santé en français à Ottawa. Mais son implication a largement débordé les frontières de la capitale. La Franco-Ontarienne vient d'ailleurs d'être honorée par le Réseau des services de santé en français de l'Est de l'Ontario. Aujourd'hui, LeDroit et Radio-Canada reconnaissent son implication envers la communauté médicale francophone en la nommant Personnalité de la semaine.
S'il est désormais plus facile de se faire soigner en français dans la région d'Ottawa et d'y étudier la médecine dans la langue de Molière, Jeanne Drouin y est certainement pour quelque chose. Après une carrière de plus de 30 ans en hématologie - la science du sang -, la Dre Drouin s'est consacrée à l'éducation et à la formation des futurs médecins en français.
Seule hématologue francophone de l'Hôpital général d'Ottawa, elle constate rapidement le manque de ressources en matière de formation en français pour les futurs médecins. La Franco-Ontarienne originaire de Plantagenet décide donc d'interrompre ses recherches médicales pour se dédier entièrement à la cause.
Elle participe en 1995 à la création du bureau des affaires francophones de la faculté de médecine de l'Université d'Ottawa. Elle prendra d'ailleurs la présidence de l'organisation quelques années plus tard.
«Il n'y avait pas suffisamment de médecins francophones dans la région. Il fallait en former davantage. Les ressources médicales en anglais étaient abondantes, ce qui n'était pas du tout le cas pour les ressources en français. La seule opportunité pour les francophones devenait le Québec», raconte-t-elle.
À titre de médecin praticienne, la Dre Jeanne Drouin est à même de constater l'importance de la communication.
«C'est important de bien pouvoir communiquer avec un patient. De comprendre la langue d'un patient, sa culture et d'où il vient, optimise les soins qu'on lui prodigue. Pouvoir bien se comprendre entre médecin et patient, ce n'est pas un luxe, mais un besoin.»
Freiner l'assimilation
L'implantation de programmes d'enseignement francophones de qualité en médecine devenait nécessaire pour la rétention des futurs médecins, soutient la Dre Drouin.
«En faisant des études complètement en anglais, les étudiants devenaient forcément assimilés. [...] La croyance populaire veut que la médecine ne s'enseigne qu'en anglais. Et on se disait que les Franco-Ontariens parlent tous l'anglais donc, pendant des années on n'a pas jugé nécessaire d'investir pour des programmes en français. Il y a eu un travail considérable d'accompli en ce sens», dit-elle.
La Dre Drouin parle également d'une question de droits. «C'est une question de justice sociale, se faire soigner dans sa langue maternelle quand on est dans une situation de vulnérabilité (au plan linguistique). La population franco-ontarienne mérite elle aussi de recevoir des soins de qualité. Le français est une des deux langues officielles (du Canada).»
Impliquée pour Montfort
La Dre Jeanne Drouin a aussi laissé sa marque à l'Hôpital Montfort.
À titre de consultante, elle a contribué au développement du volet d'études de médecine francophone de l'établissement. Grâce à son travail et celui de ses partenaires, l'Hôpital Montfort est maintenant reconnu comme étant un centre de recherche universitaire. Elle est d'ailleurs lauréate du prix Ilios, remis à une personne pour «l'ensemble de son oeuvre, sa contribution exceptionnelle au développement de la mission universitaire de l'Hôpital Montfort, au rayonnement académique et scientifique en français».
«L'Hôpital Montfort jouait dans la catégorie B, contrairement à d'autres hôpitaux d'Ottawa et d'ailleurs dans la région qui étaient dans la ligue A. Au niveau du financement et de la recherche, l'établissement était défavorisé. Nous nous sommes battus pour obtenir la reconnaissance afin que l'Hôpital Montfort devienne officiellement un centre de recherche universitaire», raconte la pionnière.