Les Quatres saisons de Vivaldi a été présenté par les Thirteen strings à l'église Dominion-Chalmers d'Ottawa sous la direction de Kevin Mallon avec le soliste Alexandre Da Costa.

Perles et pavés à Musique et autres mondes

Ce dernier dimanche de Musique et autres mondes était plein d'intérêt avec deux quatuors russes, le Moscou tout féminin et le Borodine tout masculin.
Le premier à 10h du matin, le second à 20h le soir. Entre-temps, deux événements ont été consacrés au grand compositeur judéo-italien, Salomone Rossi. D'abord par un film à midi, retraçant l'itinéraire de ce prodigieux musicien qui de renaissance en baroque pose les jalons de la musique à venir. Ensuite par le concert de l'ensemble Profeti della Quinta à 14h en un programme entièrement consacré à cet alter ego de Monteverdi et qui vécut entre palais ducaux et ghetto de Mantoue. Et pour ceux qui en avaient le temps, à 17h ils pouvaient aller écouter Les quatre saisons d'un autre italien, Antonio Vivaldi qui, quelque cent ans plus tard se trouvera aussi à Mantoue... où ces quatre concertos furent composés...
Russes du matin et du soir
Il y a un univers de différence entre le Moscou et le Borodine. Le quatuor Moscou est d'une qualité sonore et technique discutable: par moments désaccordé, avec carences d'intonation, en des lectures sans relief, sans perspective, leur interprétation dans Haydn et Beethoven est tombé à plat. Ainsi Haydn (opus 72 no2) hérita d'un spiritoso initial poussif, d'un gracioso funèbre, d'un allegro piéton et d'un presto final conçu en pénible danse paysanne.
Ainsi Beethoven (opus 18 no4) s'ouvrit sur un allegro sans trace d'imagination sonore, continua avec un scherzo squelettique, un menuet haché, un allegro final flagada. Il ne m'en fallait pas plus pour abandonner Chostakovitch et ses juges moscovites. On m'a rapporté qu'elles l'ont épargné.
Le quatuor Borodine est d'un tout autre calibre, même si l'ensemble n'a plus la force d'impact qu'il avait du temps de Rostislav Dubinsky, de Rostropovitch, puis de Berlinsky au violoncelle lorsque je les ai entendus les premières fois au début des années 60. Ceci dit, il s'agit d'un quatuor équilibré, animé sans être embrasé, d'une assise solide sans débordements, harmonieux et pondéré, et d'une sonorité chaleureuse.
Le programme consistait de trois oeuvres russes de trois périodes différentes: le Glinka de 1830, le Borodine de 1881 et le Myaskowski de 1949. Dans le désordre on est passé de l'étonnant classicisme de Glinka aux sonorités délicatement romantiques de Borodine au "modernisme" de Myaskowski. Un "modernisme" qui a dû être facilement accepté par les censeurs de l'Union des compositeurs soviétiques! Un concert de qualité, plus intéressant que passionnant pourtant.
L'ensemble vocal Profeti della Quinta est une merveille sonore qui, à l'église Saint-Joseph, a présenté un certain nombre d'oeuvres du grand Salomone Rossi, contemporain de Monteverdi, qui l'a souvent précédé dans l'emploi des nouvelles formes musicales et qui, en 1622 composera Les chants de Salomon sur des textes en hébreu, une première depuis les temps bibliques.
Tantôt avec accompagnement admirable du théorbe, tantôt au clavicorde, parfois en solo, en duo, à quatre ou à cinq voix, l'ensemble vocal israélien a parcouru psaumes, canzonas, kaddish... et pantomime vocal. Par l'équilibre des voix, la précision polyphonique, la virtuosité épanouie d'une haute-contre protagoniste, ce concert fut une fête à l'oreille et à l'esprit. Et pour de nombreux mélomanes, la découverte d'un grand compositeur.