Cody Sorensen et ses coéquipiers Chris Spring, Jesse Lumsden et Ben Coakwell.

Père lutteur, fiston bobeur

Le traîneau de son équipage porte le numéro13. Ça ne le dérange pas.
Cody Sorensen n'est pas un athlète superstitieux. Tout le contraire des trois autres membres de son quatuor de bobsleigh qui se battra pour une médaille à Sotchi.
«Notre pilote Chris Spring se rase toujours les jambes la veille d'une course», avoue Sorensen, un freineur qui a grandi à Ottawa.
Au bout du fil, il commence à rire en parlant de son coéquipier.
«Il va ensuite apposer des tatouages temporaires. Un drapeau canadien sur une jambe, et puis un de l'Australie sur l'autre jambe puisque Chris est né là-bas.»
Ce n'est pas tout.
«Le jour d'une course, il va se promener le long de la piste en embrassant à plusieurs reprises son casque.»
À ce sujet, Sorensen jure qu'il ne cache pas un rituel similaire.
«Le seul temps que je me rase les jambes, c'est en vue d'un massage», dit-il en riant de nouveau.
Ce dernier se trouvait en Allemagne lorsque le journaliste l'a joint. «Dans un hôtel assez chic, précise-t-il.
«C'est rare pour nous», ajoute aussitôt l'homme de 27 ans.
Il restait un peu d'argent au budget de Bobsleigh Canada, qui a décidé de récompenser ses athlètes à la veille des Jeux. Ces derniers logent habituellement dans des chambres étroites.
Les sites d'hébergement n'ont rien des hôtels cinq étoiles dans lesquels crèchent les joueurs de la Ligue nationale de hockey.
Sorensen ne s'en plaint pas. Il s'estime chanceux d'avoir pu prolonger sa carrière sportive de six ans.
Avant de se lancer tête première dans le bobsleigh, le bachelier en gestion commerciale et en économie d'industrie excellait en athlétisme. Plus précisément au 60m haies, remportant trois fois l'or à cette épreuve aux championnats universitaires canadiens. Il a été capitaine des Gryphons de Guelph où il étudiait.
C'est en quittant les bancs d'école en avril 2008 que Bobsleigh Canada lui a fait signe. Il a été invité à participer à des évaluations physiques puis des essais à Calgary.
Une folle aventure
Ce fut le début d'une folle aventure. Ce fut les premiers pas vers la réalisation de son rêve. Celui d'imiter son père Ole.
«Il a participé aux Jeux olympiques en 1972 à Munich en lutte gréco-romaine, raconte Sorensen. Les Jeux, ça fait partie de ma vie depuis mon enfance. J'ai toujours su dès un jeune âge que je voulais concourir à un haut niveau sur la scène internationale, mais je ne savais pas dans quel sport.»
Ce dernier a tenté sa chance à la lutte. Papa Sorensen a fondé le club de la capitale nationale. «Je l'accompagnais aux entraînements deux fois par semaine. Je participais à la période de réchauffement. Mais ça se limitait à ça. J'aurais aimé pratiquer ce sport, mais mon école secondaire ne l'offrait pas à l'époque. J'ai essayé le judo, mais j'étais attiré par l'athlétisme.»
Cody Sorensen a assimilé les subtilités du bobsleigh assez vite. En 2010, il était déjà réserviste au sein de l'équipe olympique.
«En tant qu'équipe, nous nous dirigeons vers Sotchi avec l'intention de gagner, et non de se contenter de seulement participer, dit-il. Si tu m'avais posé la question il y a quatre ans, je t'aurais répondu que je serais simplement heureux de vivre les Jeux.»
Mais Sorensen a pris le goût au podium. Ses coéquipiers Spring, Jesse Lumsden, Ben Coakwell et lui occupent en ce moment le quatrième rang mondial.
«Les attentes sont élevées à notre endroit. [...] C'est tout à fait normal. Il y a une tradition d'excellence en bobsleigh dans ce pays. Le Canada a remporté plusieurs médailles au fil des ans.»
Et ce qui met en confiance Sorensen à l'approche des Jeux? Ce souvenir d'une épreuve de la Coupe du monde à Sotchi il y a un an. «Lors de notre deuxième descente, nous avions enregistré le troisième temps le plus rapide. C'est bon pour la confiance. Puis Chris a eu la chance de glisser une quarantaine de fois ici. Il connaît assez bien la piste»