Patrice Michaud a livré le premier de ses trois spectacles dans la région, mercredi soir, à la Quatrième salle du CNA.

Patrice Michaud en trois temps

Dans sa voix, un léger voile rauque. Celle qui a séduit public et critique depuis que Patrice Michaud s'est imposé sur la scène folk après sa victoire au Festival de la chanson de Granby, en 2009. Dans ses yeux, une flamme, celle de la passion pour la musique. Et ce n'est certainement pas anodin si son deuxième album s'intitule Le feu de chaque jour, douze chansons au charme indéniable sorties le mois dernier. De jolies mélodies accrocheuses qui dévoilent, au fil des écoutes, une profondeur insoupçonnée.
Vient ensuite la rencontre avec les spectateurs. Ceux d'Ottawa-Gatineau seront choyés ; l'auteur-compositeur-interprète se produira deux autres fois, jeudi soir à Gatineau et vendredi dans le secteur Orléans.
Rançon de la triple programmation, mercredi au CNA, ils étaient une trentaine à l'applaudir à la Quatrième salle. Tous sagement alignés en fer à cheval au fond du théâtre. Pour réchauffer l'ambiance, c'était loin d'être gagné.
Sans se laisser désarçonner, les quatre musiciens ont fait rugir les premiers accords Des cowboys, des indiens, une belle façon de réduire la distance, de laisser galoper les guitares et faire claquer les premières étincelles.
« À la bonne franquette »
À l'aridité intimiste de la salle, Patrice Michaud et son groupe ont su imposer l'élégance et la maturité de leur musique. Faire feu des impondérables. Un instrument mal accordé? Un prétexte pour raconter une anecdote. «J'ai acheté cette guitare à Michel Rivard, fait partager le chanteur. Ce moment de malaise est donc une commandite de M. Rivard.» On n'y verrait que du feu.
Visage fin, carrure d'adolescent et allure décontractée, le Gaspésien trentenaire enchaîne les historiettes en choisissant ses mots avec la même inspiration et la même minutie qu'il met à composer ses textes. Il se reprend d'ailleurs, front concentré, lorsqu'il trouve une expression insuffisamment précise, ou qui pourrait prêter à confusion, et joue de ses maladresses en anglais.
Sa candeur assumée fait sourire, lui qui confie avoir attrapé «la maladie du premier degré» étant jeune.
Mais le charme naturel de Patrice Michaud tient surtout à sa voix ambrée exprimant bien plus que ce qu'elle semble dire sur le particularisme émotionnel de ses élans de jeunesse. Son «épopée de la puberté», qu'elle évoque un premier amour sur On fait comme si ou l'incandescence du désir dans Je cours après Marie, nous reste comme un murmure amusé de ses années passées.
Il avoue tout : Bleu, nuit, l'émission érotique qu'il aurait bien aimé capter au fin fond de Cap-Chat, en Gaspésie. Les catalogues Sears responsables de ses premiers émois d'adolescent. Le bonhomme est loquace et pourrait rester toute la nuit à converser. Preuve à l'appui: avec seulement deux albums en bandoulière, Patrice Michaud peut tenir deux heures sur scène. Il ose des inédits, comme cette «fable», Le pain, inspirée de La Fontaine (il a poursuivi des études littéraires à Rimouski) et du monde moderne... on aurait cru voir Jean Leloup roder au détour d'un couplet. Et si le meilleur était à venir ?