Özgen Eryasa

Özgen Eryasa: quand la pierre se raconte

Enfant, Özgen Eryasa gossait le bois de son canif. Comme il aimait les mathématiques, il est devenu ingénieur, tout en préservant son côté artistique (il a fait partie d'un orchestre, du macramé et de la photo, entre autres). En 1995, un ami ébéniste l'introduit véritablement à la sculpture sur bois. « Et j'en suis tombé cul par-dessus tête ! »
Il prend des cours, s'outille. Il travaille l'argile, aussi, en parallèle.
C'était toutefois avant d'entrer en contact avec la pierre, qu'il croyait « inatteignable ». Nous sommes en 2003 et M. Eryasa planifie ses vacances en fonction d'un cours de modelage, qui sera annulé faute d'inscriptions. Il le remplace par un cours d'introduction à la sculpture sur pierre.
« C'en était fait du bois, qui est très capricieux à cause de ses fibres, alors que la pierre peut être travaillée tous azimuts. »
Stéatite, albâtre, marbre, granite : autant de matières premières qui s'empilent aujourd'hui sur ses tablettes, dans toutes sortes de formes et grosseurs.
En 2008, le résident de la Petite-Nation expose pour la première fois... et vend une pièce à un inconnu. « Que quelqu'un d'autre qu'un proche ou un ami m'achète une pièce m'a mis le vent dans les voiles. Mais attention : je ne sculpte pas pour vendre ; je vends pour sculpter », précise celui qui prendra part à la prochaine Tournée des créateurs de la Petite-Nation (31 août au 2 septembre).
S'il sculpte des poissons, des visages ou des corps, Özgen Eryasa privilégie surtout l'abstrait dans ce qu'il crée. Tout comme il aime à préserver l'identité de la pierre, en en montrant les facettes brutes aussi bien que parfaitement polies. « En la sculptant, on dénature inévitablement la pierre. De conserver des portions simplement lavées mais non travaillées dans mes pièces, ça me permet de la faire voir aussi à son état naturel. »
Dans l'atelier
Qu'elle s'appelle stéatite, albâtre, granite, serpentinite, calcaire ou gneiss, la pierre est faite de creux, de bosses, de lignes.
Özgen Eryasa invite d'ailleurs les personnes intéressées à voir entre ces lignes. À deviner ce que la pierre entre ses mains peut avoir à raconter, autant par les multiples nuances qu'elle peut cacher que par la forme qu'on sera amené à lui donner.
« Je ne travaille jamais à partir de blocs, mais bien à partir de pierre aux formes irrégulières. Je décide d'abord de la couleur et de la grosseur de celle que je vais sculpter. Ensuite, je prends le temps d'écouter ce qu'elle à me dire, d'observer les mouvements naturels qu'elle présente, afin de nourrir mon imagination. »
Il crayonne alors au marqueur (outil aussi essentiel que ses rifloirs, massettes ou autres bouchardes) ses premières « impressions ». Il la regarde sous tous ses angles, laissant ici des traits noirs, là une ligne courbe rouge, selon les « hypothèses de travail » ressenties à la lecture de la pierre.
Car une veine de couleur pressentie ou un éclat de mica entraperçu peuvent devenir source d'inspiration ou éléments à mettre en valeur.
Et s'il travaille les nobles marbre et albâtre, entre autres, le sculpteur apprécie tout autant dévoiler les beautés secrètes des pierres d'ici, tel le granite, depuis quelques années.
Peu importe la matière première, M. Eryasa cherche principalement à transmettre sa passion pour un art méconnu, tant par ses ateliers s'adressant aux petits comme aux grands que par la création d'oeuvres collectives qu'il préconise lors d'événements artistiques.
« Je mise sur la curiosité des gens pour ensuite allumer et entretenir leur flamme pour ce médium que j'aime tant ! »
C'est pourquoi il n'hésite pas à adapter ses ateliers (personnalisés et comptant un maximum de quatre personnes à la fois) en fonction de l'âge et de la dextérité des participants.
« Les enfants ont plus tendance à vouloir reproduire des formes qu'ils connaissent. Alors, il m'arrive de tailler des 'prêts à sculpter' pour leur donner une base avec laquelle s'amuser », explique-t-il en montrant l'un de ses « modèles » de canard.
Pour les adultes, il mise plutôt sur l'arbitraire, afin de maximiser l'apprentissage des techniques de manipulation de ses divers outils.
« La beauté de l'abstrait, c'est justement qu'on a aucune idée de la destination, fait-il valoir. On peut donc se laisser guider par la pierre. Et puis, pour les débutants, opter pour l'abstrait pardonne plus qu'une pièce figurative ! »
Özgen Eryasa prend le pari qu'une douzaine d'heures dans son atelier permettent la concrétisation d'un premier projet de sculpture. « En s'attelant à la tâche avec application », précise-t-il, toutefois, d'un ton sérieux.
Özgen Eryasa est sculpteur sur pierre à Papineauville. Il peut être joint au 819-427-5785