On a créé un héros... et un monstre

En donnant deux jours et demi de télé en direct à Bernard Gauthier, la commission Charbonneau lui a offert une tribune exceptionnelle pour justifier des gestes condamnables. Guy Chevrette, dont la réputation a aussi été ternie, n'a pas eu le droit d'aller donner sa version des faits. Cherchez l'erreur...
Vous pensez que la FTQ-Construction va congédier son Rambo ? Jamais de la vie ! Il s'en est trop bien sorti. Le commissaire Renaud Lachance en était rendu, jeudi, à le consulter sur la mise en place d'un ratio de travailleurs pour les entreprises qui veulent des contrats sur la Côte-Nord.
Je caricature : si Gauthier se portait candidat aux élections, il passerait haut la main, même sous les couleurs de Québec solidaire ! La FTQ-Construction doit être aussi fière de lui que l'étaient les gens de Beauceville pour Marie-Philip Poulin, à son retour de Sotchi.
Frustration des régions
Bernard Gauthier a imposé sa loi sur Hydro-Québec et les entreprises qui travaillent sur la Côte- Nord.
Les témoignages entendus ont démontré l'existence d'un climat d'intimidation et de violence que l'on soupçonnait depuis longtemps. Mais le message que Gauthier a réussi à faire passer est tout autre : c'est la frustration des régions qui voient la ville spolier leurs ressources naturelles en laissant des miettes aux communautés locales.
Dans son esprit, c'est ce qui se passe avec le système du fly in, fly out offert par Hydro-Québec à la Romaine ou ArcelorMittal à Fermont. On amène des travailleurs de l'extérieur, on les loge, on les nourrit, on les divertit, et on les retourne chez eux aux 10 jours pour dépenser leurs salaires. Un système qui ne laisse pas grand-chose aux municipalités comme Fermont ou Havre St-Pierre.
« Comité de chômeurs »
C'est pour ça, a plaidé Gauthier, que ses « comités de chômeurs » intimident les entrepreneurs pour les forcer à employer des gens de la Côte-Nord.
C'est bien beau, mais c'est aussi pour asseoir l'emprise de la FTQ-Construction sur la région. Après sa prestation devant la commission Charbonneau, il pourra continuer sa routine sur les chantiers, avec la bénédiction de son syndicat. La commission Charbonneau ne l'a pas pris en défaut sur de la corruption ou des liens avec le crime organisé. Quel était l'intérêt de lui offrir une telle tribune ?
C'est vrai que les régions-ressources sont frustrées et peinent à se faire entendre à Québec. L'été dernier, lorsque les feux de forêts ont menacé la Minganie et fermé la route entre Havre St-Pierre et Natashquan, il a fallu une manifestation et un barrage routier pour réveiller la SOPFEU.
En 2001, les citoyens de Natashquan ont signé une pétition pour réclamer des avantages fiscaux et attirer des entreprises chez eux pour y retenir leurs jeunes. Quand Gilles Vigneault s'en est mêlé, le ministre Gilles Baril a tout de suite pris l'avion pour se rendre sur les lieux. Elle est bien réelle, la frustration des régions. Mais si on voulait l'entendre, on aurait pu convoquer les élus.
Bombardier séduite
Bernard Gauthier a exprimé des frustrations, mais il en a peut-être soulagé d'autres...
Jeudi, Denise Bombardier a vanté ce personnage « taillé à la hache, sans peur, mais non sans reproche », qui nous fait découvrir « l'incarnation d'une virilité à plonger dans la nostalgie tous ceux, hommes en général, qui au fond d'eux-mêmes regrettent le bon vieux temps où les hommes n'étaient pas des tapettes. Des hommes qui tapent du poing sur la table et, dans l'élan du geste, sur la gueule de ceux qui leur résistent. »
Elle s'y connaît, en hommes, Mme Bombardier. Mais son enthousiasme surprend un peu lorsqu'elle dit que : « Bernard Gauthier n'a que faire des petits journalistes sans couilles, ces pelleteux de m... qui tentent de le cerner. »
Ce n'est pas très gentil pour Alain Gravel, de l'émission Enquête. Il en fallait, des couilles, pour s'attaquer aux mafieux.