Non au compromis

ÉDITORIAL / Tant sur le principe qu'en pratique, il est inacceptable que les futurs étudiants de la faculté satellite de médecine en Outaouais soient obligés par la faculté mère de l'Université McGill de suivre leur formation fondamentale en anglais et à distance.
Ce double obstacle est d'autant plus ironique et presque paradoxal qu'il existe déjà un programme en français pour les étudiants en médecine de l'Université d'Ottawa.
Se pourrait-il qu'en 2016, les étudiants en médecine de l'Outaouais reçoivent leur formation de base en anglais et à distance pendant que leurs collègues d'Ottawa reçoivent la même formation en français et en personne?
Cette situation est intolérable. Elle doit être corrigée.
Pourquoi n'y a-t-on pas pensé avant soulève de sérieux questionnements, autant académiques qu'administratifs. Il ne s'agit pas que du quart de la formation pour les futurs élèves, il s'agit de prendre un bon départ dans un programme d'études exigeant et qui ne souffre guère de compromis. Par contre, il n'est jamais trop tard pour trouver des solutions permettant à nos futurs étudiants en médecine d'apprendre leurs notions théoriques en français.
Pour rectifier le tir, le fardeau de la preuve repose d'abord sur l'Université McGill et sur l'Université du Québec en Outaouais. Il repose également sur l'Agence de la santé de l'Outaouais, le ministère de la Santé et sur les instances politiques.
La structure des facultés satellites de médecine ne date pas d'hier. Celle de Saguenay est affiliée à l'Université de Sherbrooke et celle de Trois-Rivières dépend de l'Université de Montréal. Qui plus est, l'Université de Sherbrooke dispense de la formation médicale pré-doctorale à Moncton, au Nouveau-Brunswick. L'Outaouais est sur le territoire d'influence de l'Université McGill. Aurait-il pu en être autrement? Aurions-nous dû tirer la sonnette d'alarme?
Le plan d'affaires révélé dans LeDroit d'hier ainsi que les commentaires du Dr Gilles Brousseau, directeur régional de l'enseignement médical à l'Université McGill, révèlent une situation préoccupante malgré toutes les évidences académiques et les obligations qui en dérivent.
L'Université McGill est une université anglophone - réputée mondialement, mais anglophone. Sa capacité de donner son programme de médecine uniquement en français est loin d'être inexistante. Elle est cependant limitée par des facteurs académiques dont l'accréditation formelle de son programme auprès des instances réglementaires.
Il n'en demeure pas moins que si McGill veut essaimer dans les régions francophones comme l'Outaouais, elle doit s'assurer de donner son programme en français au complet. Les obstacles, académiques et pratiques, ne sont pas infranchissables. Ce n'est toutefois pas aux futurs étudiants de la faculté satellite de McGill en Outaouais d'en payer le prix avec le double handicap de la langue et de la distance. Il en va de leur réussite.
Nous comprenons que la formation de nos médecins ne peut se faire sans la connaissance de l'anglais, la langue dominante des livres de référence, ici comme ailleurs. Toutefois, il ne faut pas minimiser l'importance de la formation de base. C'est le premier contact de nos futurs médecins avec un programme très exigeant. Il ne faut pas oublier que la pratique de la médecine en Outaouais se fait en français et que la plupart de nos professionnels de la santé peuvent servir les patients anglophones.
Malgré des arguments réalistes et bien étayés, le Dr Brousseau doit tenir compte de la réalité linguistique et culturelle de l'Outaouais. McGill doit faire mieux que de nous mettre devant un fait accompli, même à l'horizon de 2016.
Hier, autant les libéraux que les péquistes nous ont servi des arguments vaseux pour se sortir du pétrin. N'en déplaise à la députée libérale de Hull, Maryse Gaudreault, nous n'avons pas à nous satisfaire d'un «ça ou rien» en faisant allusion à la proposition de McGill d'une formation de base en anglais et à distance. Quant au Parti québécois et son candidat dans Hull, le Dr Gilles Aubé, son appui au principe d'une faculté satellite de médecine en français en Outaouais verse dans le flou artistique quand vient le temps de s'engager sur la langue d'enseignement.
Malgré la situation difficile de son réseau de santé, l'Outaouais n'est pas obligé d'accepter de tels compromis. Le principe et son application sont intimement liés.