«Ne faites plus confiance aux enfants»

Pour la première fois, hier, une mère a entendu ce que sa fille a subi il y a près de deux ans, lorsque d'autres adolescentes l'ont forcée à se prostituer aux mains d'hommes faisant trois fois son âge. La mère est sortie du palais de justice d'Ottawa, reconnaissante envers les policiers et le ministère public, mais remplie d'amertume devant la jeunesse d'aujourd'hui.
Sa fille avait 13 ans lorsqu'elle a été contrainte de faire une fellation à un homme dans une voiture. Quelques heures auparavant, l'ado était partie chez une nouvelle «amie», croyant y passer la nuit comme le font plusieurs jeunes filles de son âge: pyjama, croustilles, film d'ado et confidences.
Elle ne se doutait pas que sa nouvelle «amie» allait lui dire d'enlever son pyjama et de mettre une robe affriolante, pour ensuite la forcer à monter dans une voiture et faire une fellation à un homme.
Plus tard, la chef du trio d'adolescentes proxénètes l'a livrée à un autre homme au surnom de «God». Celui-ci l'a menacée de la jeter en bas de son balcon si elle ne se pliait pas à ses demandes.
Épreuve
La victime, aujourd'hui âgée de 15 ans, a tenu à se présenter au palais de justice pour entendre la juge prononcer le mot «coupable» à une trentaine de reprises, pour chaque chef d'accusation retenu en matière de proxénétisme, d'agression, de menaces, de recrutement de mineur, de voies de fait et de séquestration. Deux autres victimes assistaient à l'audience, pendant que l'accusée, seule dans le box, réalisait qu'elle resterait en prison.
La mère de la plus jeune victime s'est dit encore plus «brisée» après la récapitulation des faits retenus par la juge Diane Lahaie. Depuis près de deux ans, elle ne pouvait assister au procès puisque sa fille était l'un des principaux témoins. «Ma fille est mon héroïne», a dit la femme, avec beaucoup d'émotion. Aux parents d'adolescents, elle a prononcé des mots difficiles à entendre. «Ne faites pas confiance aux enfants. C'est un peu triste de dire cela, mais assurez-vous de bien les connaître.»
La femme s'est d'abord adressée aux médias pour remercier publiquement les services policiers et les procureurs de la Couronne. «La justice a été servie. La police était là pour ma fille et les autres victimes. (...) Je ne pourrai jamais dire combien je leur en suis reconnaissante.»