L'orchestre du CNA en spectacle au CNA13/10/02 Photo : Simon Séguin-Bertrand, LeDroit

Musique entre Saint-Valentin et Journée de la famille

De la Saint-Valentin à la Journée familiale les concerts classiques se sont suivis à allure soutenue, même si la plupart étaient sans lien spécifique avec les célébrations de l'amour et des possibles conséquences de celui-ci. Se sont succédé, l'Orchestre du CNA, les Treize Cordes, le pianiste ukrainien Serhiy Salov, vainqueur du Concours de Montréal, l'Orchestre symphonique d'Ottawa accompagné de la Société chorale d'Ottawa.
Revenu le temps d'un concert à son format «mozartien», à son répertoire premier, l'Orchestre du CNA sous la direction de Jérémie Rohrer a retrouvé en un ton de tempérance et de délicatesse du Mozart (Symphonie no29) et du Schubert (Symphonie no5) sveltes, entourant le si pastoral Concerto pour hautbois et cordes de 1944 de Ralph Vaughan Williams.
Rohrer, comme de nombreux collègues de sa génération vient de la double formation baroque et moderne. Mozart alors se joue sans cordes vibrées, nuances clairement pilotées, le tout impeccablement géré, mais un peu comme chez les post-baroques, entre-deux-mers.
En fin de compte, l'important fut ce qui s'est passé entre les deux symphonies, car le hautbois de l'OCNA, Charles Hamann a insufflé au concerto de Vaughan-Williams une poésie et une douce vélocité à ces pages oh-si-british et desquelles il révélait sur fond de fin de guerre, le songe d'un printemps bucolique. Une interprétation révélatrice.
Treize cordes doublées
Lorsque le soleil se couchait sur la Saint-Valentin, le concert de l'ensemble Treize cordes s'est levé sur un double «junior» et sur un foisonnement de guitares. Ce concert, en effet, s'inscrivait aussi à l'intérieur d'un festival de quatre jours intitulé Guitare alla Grande, et qui avait lieu entre le Conservatoire et l'Université d'Ottawa. Que Kevin Mallon ait de l'imagination dans la constitution de ses programmes n'est pas une nouvelle. Cette fois-ci, autour d'une des symphonies de l'opus 2 du pré-classique Franz Ignaz Beck, compositeur pour lequel il a grande considération, et le bref Divertimento K136de Mozart, il n'y avait place que pour les combinaisons cordes-guitares, parmi lesquelles deux «premières»: Lacus de Christine Donkin et La Madeleine du Saint-Laurent de Louis Trépanier.
Le Concerto tradicionuovo de Patrick Roux et la Fuga Con Pazarillo, extraite de la Suite pour cordes no1 du Vénézuélien Aldemaro Romero complétaient le programme bien rempli. La scène l'était aussi car les Treize cordes étaient entourées tantôt des Treize cordes juniors, du Quatuor des guitares du Canada, de l'Ensemble flamenco de guitares, de l'Ensemble junior de guitares, à tour de rôle. Ce ne fut pas pour rien que ce concert était intitulé Festiguitare: une fête d'ensembles qui a montré que cet instrument se ressource continuellement au folkore (de Romero à Trépanier) mais qu'il sait s'inscrire dans une dimension plus «classique» et une écriture plus moderne comme dans Lacus de Christine Donkin.
Kevin Mallon, qui vient d'être nommé directeur artistique intérimaire d'Opera Lyra, a battu la mesure avec constance, du pré-classique Beck au post-classique Donkin.