Morrissey - World Peace is Non of your Business

Sur ce 10e album solo, Morrissey met sa voix suave, son spleen romantique et son regard caustique, voire vexatoire (ne s'est-il pas assumé Bigmouth, grande gueule baveuse, à l'époque des Smiths?) au service d'un état des lieux passablement critique.
Les thèmes ne se renouvellent guère, mais Morrissey demeure un savant mélodiste. Les ambiances pop teintées d'électro séduisent par les riches variations des instrumentations. «Staircase at the University» fait résonner les cuivres et les guitares classiques. Dans la jolie Earth Is the Loneliest Planet, il traîne sa «Morrisseytude» sur un foutoir exotique d'orgues, cymbales, harpe, accordéon et guitares méditerranéennes qui, loin de refléter son accablement, se confrontent énergiquement aux textures électros et au fond rock. On retrouvera cette énergie rock insolente sur Neal Cassady Drops Dead. Les chansons vont du minimalisme acoustique (Smiler with Knife) à la méga-production symphonique (excellente Scandinavia, une des six pistes de l'édition Deluxe - laquelle vaut amplement le détour). L'ironie et l'acidité du propos savent disparaître au profit de la sensibilité, par exemple dans les rues d'Istanbul où se joue une tragédie familiale. Mais voilà Morrissey parfois moins inspiré, par exemple lorsqu'il prend fait et cause pour le taureau (l'artiste est notoirement animalophile et végétarien), dans l'arène de The Bullfighter dies.