La météo a fait des siennes pendant la journée d'hier, causant bien des désagréments, dont un bris d'aqueduc en plein centre-ville d'Ottawa, sur l'avenue Laurier.

Monsieur Météo

Son nom ne vous dira sans doute pas grand-chose. Pourtant, vous le connaissez. Vous l'avez vu au bulletin de nouvelles ou entendu à la radio. Ces jours-ci, il est plus en demande que l'entraîneur du Canadien de Montréal, c'est dire!
S'il est peu connu du grand public, les journalistes, eux, connaissent bien André Cantin. Avec René Héroux, c'est l'un des deux «Messieurs Météos» les plus médiatisés d'Environnement Canada. Quand dame Nature fait des siennes, comme ces jours-ci, ce sont eux qu'on appelle, eux qui répondent à la ligne téléphonique réservée à nous, les gens des médias.
Avec le cocktail improbable de verglas et de neige qui nous tombe dessus ces derniers jours, les météorologues ne chôment pas. Chaque média est en quête d'une déclaration à diffuser lors de son bulletin de nouvelles. Hier, il m'a fallu une bonne dizaine de tentatives avant d'obtenir la ligne média d'Environnement Canada. C'est André Cantin qui a décroché.
«Occupé, M. Cantin?» Tu parles, s'il est occupé. Il était à peine 13h et il en était déjà à sa soixantième entrevue de la journée.
Je l'ai prévenu que je ne lui téléphonais pour les prévisions météorologiques, mais pour lui parler de lui. «Vous êtes la vedette de l'heure, M. Cantin. Vous êtes sur toutes les tribunes, ces jours-ci, vous êtes plus sollicités que Michel Therrien... Est-ce qu'on vous reconnaît sur la rue, à l'épicerie?»
«Euh... C'est arrivé une ou deux fois», dit-il, un peu surpris de la question.
Avant de devenir porte-parole pour les médias, M. Cantin a été prévisionniste pendant 22 ans. Aujourd'hui, ce n'est plus lui qui rédige les prévisions officielles d'Environnement Canada. Mais il s'en remet toujours à sa propre interprétation des cartes météorologiques pour tirer les prédictions qu'il livre aux journalistes. «Normalement, à partir des mêmes cartes, les météorologues sont censés tirer les mêmes conclusions», explique-t-il.
Comme les autres journalistes de la salle de rédaction du Droit, j'ai parlé à M. Cantin et à ses collègues sans jamais les voir. Ça se passe toujours au téléphone, puisqu'ils sont basés à Montréal (dans le cas de M. Héroux) et à Québec (dans le cas de M. Cantin). Un peu naïvement, je les imaginais dans une sorte de laboratoire, devant des écrans où se déplacent lentement des masses de nuages menaçants...
«En fait, je suis dans les bureaux de la Sécurité civile à Québec, rectifie M. Cantin. Au centre des opérations gouvernementales.» C'est qu'Environnement Canada a souvent à collaborer avec les ministères et les villes lorsque des événements météorologiques bouleversent la province. On pense notamment aux périodes d'inondations printanières quand les autorités ont besoin de connaître les précipitations à venir.
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Parlant de météo, c'est quand même fou cet intérêt pour le temps qu'il fait.
C'est comme si on aimait se raconter des peurs avec ces histoires de tempête de neige et le «facteur frette», comme ils disent à la radio. À entendre les commentateurs certains jours, c'est tout juste si on ne va pas geler sur place en mettant le nez dehors. Comme si on n'acceptait pas qu'on est un pays de neige. «Mon pays, ce n'est pas un pays, c'est l'hiver», chante pourtant Gilles Vigneault.
À tort ou à raison, les médias québécois s'intéressent davantage à la météo que leurs confrères du reste du Canada ou de l'étranger. S'il faut en croire le bilan de la firme Influence Communication, la météo a occupé plus d'importance dans les bulletins de nouvelles de 2013 que l'international, la pauvreté, les aînés, l'éducation...
C'est quoi l'affaire, au juste?
André Cantin a sa petite idée là-dessus. Une petite idée qui n'a rien de scientifique, tient-il à préciser.
«Par expérience, je crois que c'est parce que le Québec est sujet à de grandes variations de température. On est sur la trajectoire des grandes masses d'air, des dépressions... C'est pour cela que les Québécois parlent tant de météo. Les gens du Sud, en Floride ou à Cuba, ont un climat plus constant. Ils s'intéressent moins à la météo, sauf peut-être pendant la période des ouragans.»
Dans la seule journée d'hier, on est passé d'une météo printanière à un froid sibérien. Qu'est-ce qui se passe? La planète est-elle malade?
«Les gens l'oublient, mais on a déjà vécu par le passé de grands écarts de température comme ceux des derniers jours, tempère André Cantin. La théorie du réchauffement climatique, c'est qu'il y aura plus d'énergie dans l'atmosphère. Et que donc les événements météorologiques seront plus intenses. Des vents plus violents, des précipitations plus fortes...»
Et bien, on n'a pas fini de se raconter des peurs.