Mission toutous

Comment transformer un projet scolaire en un geste de générosité et de compassion? Isabel Coll a trouvé la réponse.
Cette jeune étudiante de 16 ans du Collège Saint-Alexandre, à Gatineau, devait présenter une idée dans le cadre de son cours «projet intégrateur» au 5e secondaire. Elle a donc eu l'idée d'organiser une collecte d'animaux en peluche, de toutous si vous préférez. Elle a d'ailleurs nommé son projet: «Mission Toutous».
«L'idée m'est venue quand j'ai vu ma mère faire le ménage des chambres de mon plus jeune frère et de ma soeur cadette, raconte-t-elle. Ma mère a trouvé un gros sac rempli de toutous qu'on n'utilisait plus. Parce que j'avoue que j'en avais beaucoup quand j'étais plus jeune, dit-elle en souriant.
«Donc ma mère allait s'en débarrasser. Mais je me suis dit: pourquoi ne pas conserver ces toutous et apporter un peu de joie à des enfants. Et puisqu'il fallait un but dans mon projet scolaire, je me suis donnée comme but d'apporter un peu d'espoir aux enfants défavorisés.»
Le projet «Mission Toutous» était lancé.
Du 16 au 20 décembre, et au retour du congé de Noël, Isabel a installé des boîtes dans son collège, ainsi qu'à l'église Saint-Alexandre et à son ancienne école primaire, l'école du Dôme. Puis elle a invité les gens à y déposer un animal en peluche «orphelin» d'un enfant devenu grand. Elle a préparé des affiches annonçant son projet et elle l'a aussi présenté sur les réseaux sociaux.
«Au début, se souvient-elle, ça ne fonctionnait pas très bien. Donc à la dernière journée du projet, j'ai lancé un appel à tous sur Internet. Et quand je suis revenue à l'école, le lendemain, les boîtes étaient remplies jusqu'au plafond! Il a fallu deux allers-retours dans l'auto de mon grand frère pour apporter tous ces toutous chez moi. Et c'était la même chose à l'école du Dôme. Les boîtes étaient pleines à craquer d'oursons, de licornes, de Spiderman, de canards, nommez-les. C'était fou.»
Mais il ne suffisait pas pour Isabel de prendre les toutous d'une main et de les remettre de l'autre à un enfant. Ces animaux en peluche devaient être lavés, certains étaient décousus ou déchirés et ils devaient être réparés.
Donc avec l'aide de sa mère, Isabel a examiné les toutous un par un et chacun, sans exception, a dû «prendre un long bain» dans la laveuse.
«Je m'installais au sous-sol et je réparais les toutous en regardant un film sur mon ordinateur», dit l'étudiante.
Combien de jouets en peluche Isabel a-t-elle amassés et revigorés durant sa «Mission Toutous»?
Plus de 825... Huit cent vingt-neuf, pour être exact.
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Et où offre-t-on 829 animaux en peluche? C'était le défi qu'Isabel devait maintenant surmonter.
«Et ça n'a pas été facile, avoue-t-elle. En premier, j'ai voulu offrir les toutous à l'hôpital pour enfants. Mais on m'a expliqué que c'était impossible pour des raisons hygiéniques, que les jouets en peluche devaient être flambant neufs. J'ai ensuite appelé à la DPJ (Direction de la protection de la jeunesse), et on m'a répondu qu'ils avaient reçu des tas de cadeaux et de toutous à l'approche des Fêtes et qu'ils en avaient déjà suffisamment. Mais une dame à la DPJ m'a conseillé d'appeler L'Autre chez-soi, un organisme qui offre un service d'hébergement aux femmes victimes de violence et à leurs enfants. J'ai appelé là, et on m'a dit oui tout de suite.»
Isabel et sa mère ont donc fait la livraison des 829 toutous à L'Autre chez-soi. «L'auto de ma mère était plein, se souvient-elle en riant. Mon père trouvait ça très drôle, il y avait des sacs partout dans l'auto et jusqu'au toit. Et on a été accueillies avec le sourire par les gens de L'Autre chez-soi.»
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Et qu'a retiré Isabel de cette expérience unique?
«Je me suis surprise à en apprendre beaucoup, répond-elle. Comment, par exemple, contacter les personnes ressources. Comment persister aussi, parce que si t'attends que les gens te rappellent, ça peut prendre du temps. J'ai voulu, par exemple, installer des boîtes dans des commerces de Gatineau, mais on me demandait de rappeler, que le gérant était absent ou occupé. C'était long. Et quand le gérant me rappelait enfin, s'il me rappelait, il me disait qu'il n'y avait pas de place dans son commerce ou que c'était trop de trouble et tout ça. Donc il fallait persister.
«J'ai aussi appris la couture, dit-elle en souriant. C'est un talent que j'ignorais que j'avais! Mais j'ai surtout appris que c'est facile, avec un peu d'effort, de faire plaisir à un enfant.»
Je parie qu'Isabel obtiendra un A+pour sa «Mission Toutous»...