«Il fallait placer tous les morceaux du puzzle et qu'à la fin tout soit lié, sans que les spectateurs s'en rendent compte. C'était laborieux» - Le réalisateur Daniel Grou - alias Podz - à propos du scénario de Miraculum

Miraculum, le choeur de dépendances de Podz

Miraculum permet au réalisateur Podz d'entremêler les destins d'une dizaine de personnages, notamment incarnés par Marilyn Castonguay, Xavier Dolan, Anne Dorval, Robin Aubert Julien Poulin, Louise Turcot et Gabriel Sabourin, lequel signe aussi le scénario de ce film « choral ».
« Ce sont quatre histoires sur des gens de classes sociales différentes, dont le point commun est un crash d'avion qui va affecter leur vie. Ils font face à des décisions qui vont changer le cours de leur vie », résume Podz, qui, dans le générique de fin, retrouve son véritable nom, Daniel Grou (« pas de x » ; petit détail patronymique à l'origine du surnom), avec lequel il se dit enfin « réconcilié ».
« J'aime les histoires qui parlent de gens qui ont des choix à faire, dont la vie, toute la structure [de croyances et de valeurs] qu'ils se sont construite, est chamboulée », reconnaît Podz, embarqué dans le projet « parce que c'est rare, les films qui abordent autant de grandes questions - la dépendance, la religion, etc. - et qui le font avec autant de douceur. »
Chacun des personnages, suggère Podz, vit une situation de dépendance, que ce soit à l'alcool, à la religion, au jeu ou... à l'amour.
L'élan affectif du personnage campé par Julien Poulin, qui rêve de vacances avec sa maîtresse, le réalisateur l'associe à une pulsion de l'ordre de la dépendance. « Ça demeure une façon de se reposer sur quelque chose d'autre pour trouver le bonheur. Si je joue, je vais être riche ! Si je crois en Dieu, je vais avoir la vie éternelle ! Si j'arrive à reconstruire ma relation avec ma nièce, je vais être heureux ! Si je tombe en amour, je vais connaître le bonheur ! »
Celui qui a été derrière la caméra sur les séries 19-2, C.A., Minuit le soir ou encore Les Bougon n'était « pas perdu du tout » par l'aspect choral. « Pour la télé, je suis toujours appelé à raconter des histoires parallèles [...] souvent interreliées.
La difficulté est arrivée au montage, au moment de « développer la vie intérieure » des personnages. « En série télé, tu as le temps d'étaler la psychologie de chacun, de passer du temps avec eux ; dans un film d'une heure 43 minutes, il faut aller à l'essentiel : leur vie, leur passé, ce qui les habite, tout doit être [brossé] un peu plus rapidement. »
Formellement, « le montage est particulier, car il y a deux 'temporalités' différentes qui se rencontrent à la fin. Il fallait veiller à ce que toutes les pièces du puzzle soient établis dès le début et s'assurer que tous les éléments se joignent. Malgré la simplicité de chaque histoire individuelle, j'ai trouvé ça difficile, de réunir  l'ensemble dans un tout harmonieux. »
« C'était un travail audacieux, car si chaque histoire a sa thématique particulière », un sens nouveau et plus profond devait se dégager de la somme des parties.
« Au premier montage, on a suivi l'ordre du scénario, mais ça ne marchait pas. On a dû restructurer les choses pour revenir à ce que le récit voulait véritablement raconter. Il a fallu décoller du scénario pour mieux illustrer ses préoccupations. »
Podz, habituellement artisan d'un cinéma plus nerveux, laisse cette fois les choses planer. « C'est une approche inhabituelle, chez moi, qui suis un grand amateur de caméra-épaule, mais c'était approprié pour ce film-là. Je voulais être plus 'sur le monde', et moins 'sur la caméra'. »
« L'être humain est au centre de chaque cadre. La caméra bouge quand même mais les mouvements sont plus dans l'axe, moins en dolly [caméra mobile]. Au lieu de se promener et tourner autour des personnages, on se rapproche d'eux, tranquillement. Ma préoccupation était de les laisser vivre à l'intérieur de cette enceinte », explique le réalisateur.
Miraculum prend l'affiche le 28 février.