Le ténor Steeve Michaud enfilera le costume de Don José, «ce méchant beau personnage» qu'il connaît bien, pour clôturer en grand la présente saison de l'Orchestre symphonique de Gatineau.

Michaud dans toutes ses dimensions

S'il fait carrière dans le domaine lyrique depuis plus de 20 ans, le Gatinois Steeve Michaud n'est pas qu'un chanteur d'opéra. C'est pour montrer toutes ses couleurs qu'il présentera, samedi soir, son spectacle intitulé L'artiste à la Maison de la culture de Gatineau.
«J'ai commencé en classique à 17 ans, mais ça ne m'a jamais empêché d'écouter, de tout temps, de la musique populaire! La chanson française a bercé mon enfance. Encore aujourd'hui, 80% de la musique que j'écoute, c'est de la pop, notamment québécoise», soutient celui qui célébrera ses 40 ans en avril prochain.
Le spectacle qu'il a concocté, c'est donc le cadeau qu'il se fait, et qu'il offre au public dans la foulée: celui de se permettre d'être totalement lui-même sur scène.
«Quand je suis embauché pour incarner un personnage ou en tant que soliste dans une production lyrique, mon travail demeure unidimensionnel, dans le sens où il s'inscrit dans une trame précise. Pour L'artiste, j'ai eu envie de réunir toutes mes passions, de mettre en valeur les autres dimensions de ma voix et de ma présence sur scène.»
Il interprétera des airs connus du répertoire populaire français et québécois (La maison sous les arbres de Gilbert Bécaud, par exemple). Steeve Michaud entend toutefois le faire dans l'esprit lyrique.
«Ce qui m'a d'emblée ébloui, dans l'opéra, c'est son aspect plus grand que nature, de l'orchestre aux décors, en passant par les voix qui doivent porter haut, fort et loin. Il y aura donc une saveur classique au spectacle, dans les arrangements et le déploiement», prévient-il fièrement.
Le ténor sera non seulement accompagné d'un quatuor à cordes, d'une clarinettiste, d'une percussionniste et d'un pianiste (Michel Brousseau, qui agit aussi à titre de directeur musical du projet), mais aussi des fresques de l'artiste visuelle Diane Fontaine.
«Elle a créé deux immenses toiles de 6 pieds par 12 pieds qui vont ouvrir d'autres horizons aux émotions véhiculées par les chansons.»
Parmi les autres titres retenus, Steeve Michaud s'offrira un duo avec nulle autre que La Callas. Mais il n'était pas question d'inclure un air de son «deuxième moi», le Don José de Carmen, qu'il a pourtant joué plus de 500 fois et dans quelque 30 productions différentes au cours de sa carrière. «Mais il y aura une allusion à Carmen», tient-il à préciser en riant.
En menant à bien son projet, le Gatinois aspire à faire tomber les frontières entre pop et opéra.
«C'était aussi le concept de Pavarotti and Friends, à l'époque: démocratiser l'art lyrique, le rendre plus accessible par le biais de mariages avec des artistes issus de la musique populaire», rappelle le grand gagnant du Concours international Caruso en 2011.
«Je voudrais tourner avec ce spectacle, renchérit-il. J'ai fait un bon et beau bout dans ma carrière opératique. Aujourd'hui, j'ai envie de plus d'autonomie et de déploiement.»
Sa prestation de samedi soir sera d'ailleurs captée par trois caméras, pour les fins d'un DVD avec lequel Steeve Michaud espère vendre son spectacle, d'abord au Québec, puis - «pourquoi pas?» lance-t-il - dans la francophonie.
«De plus en plus de marchés s'ouvrent à ce mélange des genres et je considère que j'ai une place à y prendre.»