Mayrand au pilori

Rarement aura-t-on traité un agent du Parlement avec autant de désinvolture. Avec sa réforme électorale, le gouvernement Harper a ni plus ni moins giflé le Directeur général des élections du pays, Marc Mayrand, qui se plaint de n'avoir même pas été consulté par le ministre Pierre Poilievre avant la présentation du projet de loi. Par la suite, quand il a comparu devant les députés, M. Mayrand a été victime d'interruptions et d'attaques partisanes des conservateurs. Pire encore, cette réforme lui crée des problèmes au lieu d'en régler.
Si on fait table rase des manchettes médiatiques et des accusations croisées de malversations électorales depuis quelques années, tous devront reconnaître que le plus grand défi au palier fédéral, ainsi que dans certaines provinces, c'est d'augmenter les taux de participation aux élections.
Depuis l'an 2000, cinq scrutins fédéraux ont eu lieu et la proportion des électeurs ayant exercé leur droit de vote a oscillé entre 58,8 % et 64,7 %.
En 2011, près de quatre citoyens sur dix ne se sont pas présentés aux urnes. C'est un scandale public, et le symptôme d'une démocratie malade.
Or, que fait le projet de loi C-23 de M. Poilievre pour susciter de meilleurs taux de participation ? Il resserre les critères d'identification de telle manière qu'aux dires de M. Mayrand, près de 120 000 électeurs ne pourront plus voter. Selon le Directeur général des élections, qui a enquêté là-dessus, les irrégularités invoquées par le gouvernement pour justifier ces resserrements n'existent tout simplement pas. Mais les études scientifiques et les faits vérifiés n'ont parfois aucune prise sur les convictions conservatrices. On l'a vu lors du débat sur le recensement.
D'autre part, cette réforme électorale prive le Directeur général des élections d'un droit de parole dont il a besoin. M. Mayrand devra limiter ses communications avec le public aux questions touchant directement le scrutin - où aller voter, comment, etc. Lors du scrutin fédéral de 2011, quelque 10 millions de citoyens canadiens n'ont pas exercé leur droit de vote, et le projet de réforme de M. Poilievre empêchera Élections Canada d'entreprendre des campagnes sur l'importance de participer aux élections dans une démocratie. C'est à n'y rien comprendre.
Quant aux questions de fraude, y compris les appels robotisés des partis et candidats, le projet de loi crée de nouvelles infractions mais prive le Directeur général des élections de son pouvoir d'enquête et du droit de communiquer avec le public au sujet d'éventuelles fraudes. M. Poilievre a indiqué en février qu'il serait ouvert à amender certaines dispositions. Devant le tollé, espérons qu'il soit prêt à en réévaluer le fond.