Martin Scorsese - Rétrospective

«Martin Scorsese réalise moins [s]es films qu'ils ne les extirpe de lui-même», indique Tom Shone, le critique londonien reconverti en prof de cinéma à New York, en préambule du très beau livre qu'il consacre au réalisateur américain.
Un ouvrage grand format, richement illustré, où l'on suit à la trace (film à film) le périple d'une carrière entamée en 1967, jusqu'au Loup de Wall Street, en 2013, ponctuée de chefs-d'oeuvre (Raging Bull; Les Affranchis) et de complicités avec Harvey Keitel, Robert De Niro puis Leonardo Di Caprio, ses acteurs fétiches. Dans la section sur les «années formatrices» de Scorsese, on part à la rencontre d'un enfant profondément asthmatique, qu'une santé fragile avait cantonné aux salles de projections new-yorkaises et aux fenêtres de la Petite Italie, d'où il observait, fasciné, le «chaos» environnant - un ballet de poivrots, de truands et d'allées et venues au confessionnal. «Toute ma vie n'a été que cinéma et religion. Rien d'autre», dira le réalisateur de La dernière tentation du Christ, qui, n'eût été le culte qu'il vouait au cinéma italien, se destinait à la prêtrise.
Le récit a des allures d'hagiographie subtile, mais ne passe pas sous silence son grand flop, The King of Comedy, et décortique les «films de convalescence» de ce «cinéaste de la douleur» et de la famiglia, qui n'aura personnellement décroché son tout premier Oscar qu'en 2007, grâce aux Infiltrés. Le livre survole aussi les nombreux documentaires musicaux signés Scorsese. Il ne parle en revanche pratiquement pas de The Film Foundation, que ce cinéphile pointilleux a créée, en marge de sa production, pour préserver les antiquités cinématographiques.
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Martin Scorsese - Rétrospective, Tom Shone, 288 pages, Gründ
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