Marceau, raisonnable ou ambitieux ?

Tout le monde aura deux mots à l'esprit, ce matin, à la lecture du budget du ministre Nicolas Marceau: raisonnable ou ambitieux? C'est le Vérificateur-général, Michel Samson, qui a utilisé ces mots pour marquer la différence entre les prévisions économiques du gouvernement pour l'année en cours, et les deux années suivantes. Les prévisions pour 2013-2014 sont «raisonnables» selon M. Samson, c'est-à-dire réalistes ou atteignables. Mais les prévisions de dépenses pour 2014-2015 et 2015-2016 sont «ambitieuses», c'est-à-dire irréalistes sans la mise en place de mesures «structurantes récurrentes» pour réduire les dépenses.
Le gouvernement Marois, qui avait le rapport entre les mains depuis quelques jours, avait une ligne de presse toute faite pour la période de questions: il a applaudi au caractère «raisonnable» de ses prévisions cette année, et il a admis être «ambitieux» pour les années suivantes.
Sombre tableau
C'est bien, l'ambition. Mais dans l'ensemble, c'est un sombre tableau des finances publiques qu'a présenté le Vérificateur-général. Un tableau qui confirme que le Québec continue de «pelleter par avant». Un bon exemple avancé hier concerne les 200 millions$ promis par Jean Charest à Régis Labeaume, pour son amphithéâtre: aucun montant à cet effet ne figure dans les états financiers. Au lieu de débourser les sommes requises au fur et à mesure que les travaux sont réalisés, le gouvernement ne fera que participer au remboursement de la dette contractée par la ville, une fois les travaux terminés. Il fera donc des versements pouvant atteindre une dizaine de millions$ par année pendant 25 ou 30 ans. Je comprends que l'amphithéâtre est une immobilisation, comme l'achat d'une maison, mais ce n'est pas la propriété du gouvernement.
Comme le dit la pub «achetez maintenant, payez plus tard».
Le gouvernement hypothèque l'avenir des générations à venir, et il cache sa dette dans les finances de la Ville de Québec.
Hydro-Québec
Autre constat tout aussi inquiétant, les prévisions du ministère des Finances touchant les bénéfices d'Hydro-Québec comprennent les hausses tarifaires de 5,8% soumises à la Régie de l'énergie, mais non encore approuvées.
Comme on s'y attendait, la vérification a confirmé que le gouvernement aura à résorber des dépenses supplémentaires de 1 milliard$ l'an prochain, et de 1,6 milliard$ l'année suivante, alors qu'il s'est engagé à atteindre l'équilibre budgétaire. Où va-t-on trouver cet argent? À partir du moment où Pauline Marois a promis de ne pas hausser les impôts, le vérificateur ne voit que deux possibilités: réduction radicale des dépenses par le biais de véritables compressions budgétaires récurrentes, ou augmentation des tarifs.
Le plus grand défi
Ces constats ont amené les partis d'opposition à imputer un «agenda caché» au gouvernement Marois. Le ministre des Finances, Nicolas Marceau, a reconnu que le contexte est «exigeant», mais il a promis que son budget apportera des réponses concrètes aux inquiétudes du vérificateur. M. Marceau a dit ne pas aimer le mot «compression». Il devra nous surprendre!
Tout le monde à Québec reconnaît que les finances publiques constituent le plus grand défi gouvernement, peu importe les partis au pouvoir. Mais à moins que le ministre Marceau ne soit aussi audacieux qu'ambitieux, ce n'est pas le budget de ce matin, à deux ou trois semaines du déclenchement des élections, qui nous donnera l'heure juste. Préparez-vous à une guerre de chiffres sur la situation de l'emploi et le niveau réel des dépenses publiques. C'est déjà difficile de s'y retrouver en temps normal, imaginez ce que cela sera en campagne électorale. Bon courage!