Whitewash offre à Marc Labrèche la chance de jouer un rôle à contre-emploi, celui de Paul Blackburn, un loser pitoyable et manipulateur.

Marc Labrèche à contre-emploi

«Paul est un paumé. Quelqu'un en mode de survie, comme l'autre personnage, Bruce», analyse Marc Labrèche, qui campe Paul et donne la réplique au Texan Thomas Haden-Church dans le film Whitewash. Un rôle pour lequel il est en lice aux prix Écrans canadiens, dans la catégorie du meilleur acteur de soutien.
«Ces deux survivants se démènent comme ils peuvent pour tirer le maximum de la situation dans laquelle ils sont.»
Mais le personnage recèle une part d'ombre, continue l'interprète, et on est jamais sûr s'il est «une victime, dépassée par les événements», ou un être «un peu manipulateur, même si je ne l'ai pas joué comme cela, pour ne pas teinter le film».
Son personnage meurt dans les premières minutes du film, écrasé par une déneigeuse, et ne se dévoile qu'au travers de flash-backs.
«C'était particulier comme histoire, surtout que toute la première partie du tournage se faisait avec un seul acteur [Haden-Church]. Dès que quelqu'un d'autre arrive, la dynamique change complètement», témoigne M. Labrèche, arrivé en fin de tournage. «Mais on avait "brisé les glaces" avant, en prenant le temps de répéter et d'improviser» autour des scènes écritespar Emanuel Hoss-Desmarais, le réalisateur, et Marc Tulin, son coscénariste.
«Je fonctionne plus au coup de coeur qu'à la réflexion et au calcul», explique Marc Labrèche, qui a été séduit par «l'atmosphère du scénario, le côté intimiste des deux personnages ensemble et par cet équilibre, assez rare au cinéma, entre le dramatique et le comique, qui donne dans le pathétique».
Comédien sans chapelle
Les deux questions que se pose l'instinctif Labrèche, lorsqu'il se lance dans un projet, c'est plutôt: «Est-ce que je peux [à long terme] rentrer en relation avec les gens de cette production?» et «Est-ce que je peux donner ce qu'on me demande?»
Le fait de jouer en anglais ne constituait pas une difficulté supplémentaire pour celui qui a pris la suite de Robert Lepage, lors de la tournée internationale de la recréation de Les aiguilles et l'opium, solo qu'il a joué plus souvent en anglais qu'en français. La pièce reprendra d'ailleurs l'affiche à Montréal en mai et juin, au Théâtre du Nouveau monde.
Le défi, pour lui, est toujours le même: «Essayer d'être nourri et de nourrir la personne qui a pensé à toi, que ce soit un auteur, un metteur en scène ou un réalisateur. D'aller dans son sens.»
«Et, idéalement, l'enrichir à ma mesure», dit Marc Labrèche, calme et posé, humble et reconnaissant, en tout cas très loin du survoltage de 3600 secondes d'extase.
«Je suis privilégié d'être là, [car] ce n'est pas le genre de rôle pour lequel on penserait d'emblée à moi», vue sa feuille de route, qui fait principalement état de comédie, surtout au petit écran, rappelle-t-il.
«Le milieu fonctionne par familles, par chapelles, et peu de personnes sautillent de l'une à l'autre», estime-t-il. «Moi, je ne suis dans aucune famille cinématographique, je n'avais jamais travaillé avec ce réalisateur, ni pour [la boîte de production] micro_scope - même si j'admire ce qu'ils font, car ils ont une véritable démarche artistique, et ils font les bons compromis, lorsqu'ils doivent en faire.
«Et Emanuel a quelque chose de très engageant et de rassurant car, même si c'est son premier long métrage, il a beaucoup d'expérience [N.D.L.R.: en publicité, notamment]. Et en plus, c'est un comédien.»