«Un, c'est une autofiction théâtralisée, mais la ligne est mince entre ce qui est réel et ce qui ne l'est pas», explique l'auteur-interprète Mani Soleymanlou.

Mani du solo... théâtral

«...Soley... Sol... Soleyma... Soleamam...». Soleymanlou! Mani, de son prénom, se souvient de son entrée à l'École nationale de théâtre, à Montréal, de l'accueil titubant de sa nouvelle directrice le premier jour des classes. La prononciation du nom, tout comme l'identité de celui qui le porte, n'ont rien d'évident. Iranien? Canadien? Québécois? Partout où il pose ses valises, de Paris à Montréal en passant par Ottawa (3 ans...) et Toronto, l'exilé de Téhéran sera perçu comme l'autre, le différent, celui à définir.
Dans Un, court monologue autobiographique créé en 2012 au théâtre La Chapelle, à l'affiche du CNA du 5 au 8 mars, l'auteur-metteur-en-scène-interprète propose une déambulation théâtrale dans les méandres de l'identité, son identité. Une quête pour comprendre la crise qu'il a traversée depuis son départ d'Iran, quand ses parents et lui fuirent guerre et répression, pour n'y revenir qu'aux vacances d'été.
«C'est une autofiction théâtralisée, mais la ligne est mince entre ce qui est réel et ce qui ne l'est pas», explique l'auteur-interprète, précisant avoir créé ce solo dans la foulée de la «révolte verte» à Téhéran, ce soulèvement populaire contre l'élection présidentielle truquée de juin 2009.
«Ce qui m'a le plus bousculé, à ce moment-là, c'est de prendre conscience que 70 % de la population iranienne avait moins de 30 ans et que je n'étais pas là-bas à me battre à ses côtés. Un certain patriotisme s'est installé dans mon coeur.» Patriotisme avec lequel il dit avoir pris du recul, depuis la création de Deux l'an dernier, avec le comédien Emmanuel Schwartz, et celle de Trois, en cours d'écriture.
À la recherche de l'identité perdue
Avec Un, premier volet de sa trilogie, Mani Soleymanlou se réinvente enfant, se souvient des effusions aux retrouvailles avec la famille, à l'aéroport, des traditions et des habitudes redécouvertes auprès de ses cousins, mais aussi du changement de comportement que suscite immanquablement l'arrivée en terre islamique. Le voile à mettre dans l'avion avant d'atterrir, pour sa mère, la mine de circonstance à adopter pour chacun: «On prenait tous un air sérieux, tous contents de retourner en Iran, mais pour une raison qui ne m'est toujours pas claire, on devait moins sourire», écrit-il dans cette pièce publiée aux éditions de L'instant même, il y a deux ans.
Il livre ainsi une savoureuse leçon d'histoire sur la Révolution islamique de 1979, appelant le Shah un Shah et l'ayatollah, le Chien, sur un ton non dénué d'humour. «Comme un mécanisme de défense» déclenché pour aborder certains sujets critiques.
Car les questions épineuses ne manquent pas.
Comment le pays en est arrivé à mettre au monde des millions de jeunes prêts à se battre? Pourquoi ne pas parler politique en famille et éviter les sujets sensibles  Derrière l'histoire du régime, l'auteur s'intéresse fermement à l'individu confronté à la brutalité du pays et dévoile ses faiblesses pour mieux célébrer ses ressources.
Dans cette écriture simple mais d'un humanisme vibrant, la quête de l'auteur rencontre celle de son pays d'origine et c'est peut-être la plus grand force de la pièce: faire se rejoindre l'homme et ses racines.
Mani Soleymanlou a d'ailleurs reçu le prix de la critique de l'Association québécoise des critiques de théâtre (AQCT) dans la catégorie «Interprétation masculine - Montréal» 2013, pour son rôle en novembre dernier.