Les Zapartistes

L'ultime Zap des Zapartistes

Si les Zapartistes ont accueilli au champagne l'arrivée du Parti Québécois au pouvoir, en septembre 2012, le soulagement de la «gang» d'humoristes officiellement souverainistes n'a pas duré: à l'heure des bilans, le ton de Zap 2013, leur revue de l'année politique, avait l'amertume d'une gueule de bois.
Jean-François Nadeau, François Patenaude, Christian Vanasse, Vincent Bolduc et Brigitte Poupart n'ont donc pas été plus tendres à l'égard de Pauline Marois qu'ils ne l'avaient été envers son prédécesseur libéral, Jean Charest.
Ce lendemain de veille a même été exprimé en chanson, jeudi à la Maison de la culture de Gatineau: le quintette s'est avoué «fort minable» de s'être laissé berner par l'espoir et l'euphorie du changement, alors que Nadeau parodiait Formidable, le vidéoclip éthylique de Stromae, à la faveur des trois musiciens qui les accompagnent.
Le brassage des cartes électoral a tout de même permis au quintette de renouveler son stock de perruques, et de camper de nouvelles têtes de turcs cravatées. Coup de chapeau ici à M. Nadeau. Lui qui imite déjà (avec assez de brio pour que sa consoeur décroche) nombre de politiciens, à commencer par un prestidigitateur prêt à faire disparaître les arts et le français, Stephen Harper, a hérité de deux des nouveaux rôles les plus drôles en se glissant dans la peau, la voix et la gestuelle des chefs libéraux.
L'entrée en scène, sur une musique suave, de son sex-symbol parlementaire - et très accessoirement chef de parti - Justin Trudeau a été chaudement accueillie. Le déhanché de gravure de mode a aidé. Et Nadeau est aussi hilarant en animal politique stoïque, le Philippe Couillours.
M. Vanasse est tout aussi truculent lorsqu'il se réapproprie François Legault ou qu'il narre le conte d'onc' Pierre-Karl.
Mais, les imitations de politiciens ont cédé le pas à l'incarnation de «la parole citoyenne», qu'elle provienne de la voisine, de l'universitaire ou du chauffeur de taxi. Du Québécois, du Néoquébécois ou de la «Janette» lambdas.
La zizanie qui agite le débat sur la Charte, les valeurs québécoises et les signes religieux est venue clore cette revue érudite, et trépidante, pleine de mordant et de petites trouvailles désopilantes. «Une commission d'enquête pour faire la lumière... mais tamisée!» encore, SVP! Mais c'est la dernière revue. Les Zapartistes tirent un trait définitif sur la formule, pour mieux se consacrer à d'autres projets. On la regrettera.
À la limite
Parmi les invités convoqués, se sont relayés bien des représentants des médias, et quelques têtes appelées à témoigner à la commission Charbonneau au sujet de la collusion dans «le milieu du ciment» et des crapules. On a aussi vu défiler beaucoup de maires (Québec et Toronto), un «intérimaire» lavallois venu fredonner La vie en rose en se déshabillant, et quelques chefs de l'État étrangers.
Ils s'aventurent parfois sur les terrains minés de l'humour noir, osant ici un slam inattendu sur la tragédie ferroviaire de Lac-Mégantic, là un gag sur l'attentat du marathon de Boston, ou en jouant la carte de la surenchère en faisant l'éloge funèbre du milliardaire Paul Desmarais, (propriétaire de l'empire Power Corp, donc du journal LeDroit), qui «a rejoint le paradis... fiscal».
Mais même s'ils jouent avec les limites, ils ne les outrepassent pas.