Le comédien Gabriel Robichaud, Anne-Marie White, directrice artistique du Théâtre du Trillium et l'auteure Lisa L'Heureux.

Love is in the birds prend son envol

A l'époque, le spectacle n'avait pas fait grand bruit. «Pas le souvenir d'une entrevue, ni d'une critique dans les médias», relate sans amertume Anne-Marie White, la directrice artistique du Théâtre du Trillium.
Son Love is in the birds: une soirée francophone sans boule disco avait pourtant attiré nombre de festivaliers aux Zones Théâtrales, l'an dernier. D'après le concept d'un happening littéraire où les écritures d'une douzaine d'auteurs canadiens et étrangers se mélangent, interprétées sur scène par cinq comédiens, le spectacle s'était vendu à guichets fermés. Et ce, avant-même que les répétitions soient achevées.
«Le théâtre est bien mystérieux, on ne sait jamais quand le pain va lever. Dans ce genre d'affaires, il n'y a pas de recette». Interviewée aux côtés de l'auteure Lisa L'Heureux et du comédien Gabriel Robichaud, complices de création, Anne-Marie White se souvient de l'engouement qu'avait suscité ce rendez-vous d'un soir seulement, calé hors des horaires et des salles conventionnels: à 21h30, à l'adresse du feu Café Show - lequel fermera ses portes un mois plus tard.
Dans la salle se pressent spectateurs et diffuseurs invités, les Zones se présentant comme un lieu de rayonnement du théâtre des francophonies canadiennes et des régions du Québec. Ce soir-là, l'accueil dans la salle surpasse les attentes de l'équipe artistique. «Euphorisant», «une réaction incroyable», «du jamais-vu», partagent les trois comparses. Les commandes pour reprendre Love is in the birds affluent. Ses producteurs roucoulent.
Ce succès inattendu vaudra au spectacle une tournée nationale dans douze villes durant la saison prochaine, dont une reprise à Ottawa (jeudi à la Quatrième salle du CNA) et une autre à Aylmer (samedi au Cabaret La Basoche). Le spectacle ouvre ainsi un nouveau chapitre de son histoire.
Devoir de paroles
En 2012, Anne-Marie White participe à titre d'auteure à Jusqu'où te mènera ta langue ?, spectacle littéraire et polyphonique programmé au CNA en 2012. «J'ai été ébranlée par la force de l'écriture collective. En participant à ce projet, l'idée m'est venue de rassembler un collectif d'auteurs, instinctivement, spontanément, comme un souper où l'on convierait des amis.»
Inspirée par le processus de création de Jusqu'où te mènera ta langue ? qui soumettait les auteurs à une batterie de questions, Anne-Marie White concocte son propre guide d'écriture. Celui-ci transposera les paroles de la chanson « L'arbre est dans ses feuilles » popularisée par Zachary Richard en sujets à développer. Les auteurs choisis recevront tous le même questionnaire. «Le thème de la transmission est central dans cette démarche artistique: que nous reste-t-il de la génération qui nous précède et que va-t-on léguer ?»
D'Abitibi, Belgique, Suisse, ou encore Acadie, les réponses abondent, toutes différentes. «S'il y a un point commun entre elles, c'est assurément la grandeur des petites histoires racontées; se pencher sur le passé et penser au futur soulève des questions existentielles vertigineuses.»
Et Zachary Richard, de poursuivre en chantant: «La branche est dans l'arbre, L'arbre est dans ses feuilles maluron, maluré...»