L'auteur franco-ontarien Daniel Marchildon.

Louisbourg: d'amours et de guerre

Lors de sa première visite à Louisbourg, en Nouvelle-Écosse, Daniel Marchildon a été fasciné par la forteresse, son emplacement physique et son histoire. C'était en 1995. L'auteur venait de humer les premiers effluves de son plus récent cru romanesque... qu'il a pourtant laissé décanter longtemps avant d'en déposer tous les tanins sur papier. Car entre-temps, le Franco-Ontarien avait plongé dans l'écriture de L'eau de vie, notamment.
« Le Sortilège est un projet que j'ai porté pendant plusieurs années, que j'avais mis en veilleuse pour faire autre chose, mais qui est remonté à la surface en 2008, une fois L'eau de vie publié. J'ai alors senti qu'il était temps de me pencher sur ce sujet qui me suivait depuis plus d'une décennie », raconte M. Marchildon.
Emballé par tout ce qu'il découvrait au cours de ses recherches, encore lui fallait-il déterminer quelle période de l'histoire de Louisbourg allait servir de décor aux amours, trahisons et luttes de pouvoir de ses personnages.
Car, à la base du Sortilège de Louisbourg, il y a cette volonté de l'auteur de raconter les « deux volets » de la fortesse : l'amour et la guerre. Ou « l'amour en temps de guerre ». Que ce soit les impétueuses amours de Josette Guion et Mathurin Le Mordant ou encore celles des esclaves Jean-Baptiste Cupidon et Catherine Françoise.
« Le sujet de l'esclavage est si discuté aux États-Unis qu'on oublie qu'il fait aussi partie de notre histoire, au Canada, tient à rappeler Daniel Marchildon. Que ça nous plaise ou non, c'était un rouage de la vie et de l'économie de la Nouvelle-France, et je voulais témoigner de cette réalité, par le biais de certains personnages. »
Comme il n'a pas hésité non plus à rendre compte du rôle tenu par les Mi'kmaq de la Nouvelle-Écosse dans la défense de la fortesse.
Le dernier siège
Trois périodes ont d'ailleurs marqué l'histoire de Louisbourg, précise M. Marchildon : 1713, année de sa fondation et du développement du port ; 1745, année du premier siège anglais ; et 1749, moment où les Français ont repris possession de Louisbourg.
« Je me suis attardé sur cette dernière époque, qui est aussi la plus tourmentée, mouvementée, mentionne Daniel Marchildon. On sent le début de la fin, à partir de 1749, une sorte de notion apocalyptique... »
Parce qu'un certain Wolfe - jeune militaire « impétueux qui aura beaucoup de chance... jusqu'à une certaine bataille », soutient l'auteur - se prépare à assiéger Louisbourg, en 1758, que les Français céderont de nouveau aux Anglais.
Une autre raison justifiait ce choix, à ses yeux : la forteresse de Louisbourg, telle qu'elle a été reconstruite et qu'elle est représentée aujourd'hui, met en lumière son apogée, en 1744, soit avant même le premier siège. « J'ai donc voulu mettre en lumière une période dont on parle moins, mais qui me paraissait des plus importantes. »
Une fois l'écriture entamée, Daniel Marchildon a utilisé une partie de sa bourse du Conseil des arts de l'Ontario pour retourner sur l'île du Cap-Breton. C'était, cette fois, en 2011. S'il avait alors déjà établi la trame de son roman dans ses grandes lignes et ciblé quelques personnages historiques pour y tenir leur rôle, il a découvert de nombreuses autres pistes à suivre qui ont nourri son imaginaire.
« J'ai entre autres pu creuser l'histoire de la famille Guion, dont la maison n'a pas été reconstruite, soit dit en passant : il y a un trou sur la rue du Quai où elle devrait être... »
Un « trou » à l'image des zones de gris de la personnalité ambiguë de Jean-Baptiste Guion, « qui semble avoir toujours su naviguer en eaux troubles, entre Français et Anglais. J'aime bien ce genre de personnages. D'autant qu'il incarnait tous ces civils qui avaient fait de Louisbourg leur foyer, qui s'étaient ancrés sur cette île », évoque Daniel Marchildon.
Ses recherches lui ont aussi permis de glaner dans les correspondances des militaires et autres représentants des autorités, d'un camp comme de l'autre, des détails pour le moins étonnants.
Ainsi, il a été stupéfié de lire les échanges de courtoisie (et d'ananas, de bouteilles de vin de Bourgogne, de vêtements pour les prisonniers, etc.) entre le gouverneur Drucour et le général Amherst, au moment même où Louisbourg est assiégée, pilonnée à coups de canons.
« C'est une autre conception de la guerre, n'est-ce pas ?, soulève Daniel Marchildon. Cette correspondance entre Drucour et Amherst m'a vraiment sidéré ! »
À quoi tient la part de l'écrivain, alors, quand on a autant de faits dont il faut tenir compte ?
« On peut parfois devenir prisonnier de la réalité historique. Je ne pouvais pas faire gagner les Français, par exemple !,  clame l'auteur en éclatant de rire. Tout passe alors par l'interprétation des événements. »