Chris Hadfield a donné une conférence devant des centaines de jeunes, dont plusieurs cadets de l'air

L'orbite Hadfield

J'avais lu quelque part que c'est en regardant à la télévision les premiers hommes marcher sur la lune, le 20 juillet 1969, que l'astronaute canadien Chris Hadfield s'est mis à rêver de suivre leurs traces.
Mais je me trompais, apparemment.
De passage à Gatineau lundi, le plus célèbre des astronautes canadiens de la NASA, aujourd'hui à la retraite, m'a vite corrigé quand j'ai fait référence à ce rêve d'enfance. «J'ai pris la décision de devenir astronaute à 9 ans, presque 10. Ce n'était pas un rêve.»
Le mot-clé ici est «décision».
Car pour le premier Canadien à avoir marché dans l'espace, il ne suffit pas de rêver. Il faut savoir se fixer un objectif dans la vie. Et y subordonner ses décisions quotidiennes, les grandes comme les petites. «En tout cas, moi, ça m'a donné une vie remplie d'action», constate-t-il en riant.
Chris Hadfield est atterri à l'aéroport de Gatineau dans un avion de la Seconde Guerre mondiale piloté par son frère Dave, lundi midi. Sitôt le moteur à l'arrêt, Chris Hadfield a sauté sur l'aile du Kittyhawk, revêtu d'un survêtement bleu d'aviateur, pour saluer les journalistes venus l'accueillir.
Une arrivée spectaculaire à l'image de l'homme de 54 ans. À l'époque où il décidait de devenir astronaute, le métier semblait réservé aux seuls Américains et Soviétiques, alors en pleine guerre froide. Pourtant, ce diable d'homme élevé sur une ferme du sud de l'Ontario a voyagé trois fois dans l'espace. Et il est devenu l'an dernier le premier commandant canadien de la Station spatiale internationale.
Une mission qui a suscité un engouement planétaire en raison de la personnalité de son commandant en chef. Avec son interprétation en direct de l'espace d'une chanson de David Bowie et ses impressions sur la vie orbitale qu'il partageait avec les internautes, Chris Hadfield a acquis le statut de star de l'espace...
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Des centaines de jeunes s'étaient déplacés pour l'entendre dans un hangar de l'aéroport de Gatineau. Des cadets de l'air, pour la plupart. Hadfield leur a parlé de la vie dans l'espace et des leçons qu'il est possible d'en tirer. Il ne les a pas déçus, se montrant à la fois inspirant et drôle, sans tomber dans le cabotinage.
Il leur a décrit l'impression d'écrasement ressenti au décollage d'une puissante fusée. «C'est comme si on empilait des gens sur vous, les uns après les autres...»
Il leur a parlé du sentiment de revêtir un habit d'astronaute. C'est tout, sauf une partie de plaisir. «C'est du gros travail. Simplement refermer la main se compare à presser une balle de tennis. Et on en ressort avec des blessures qui saignent à force de se battre contre ce gros accoutrement.»
Il a parlé des périls des missions spatiales. À une reprise, Hadfield a dû prononcer le fameux «Houston, we have a problem» dans la radio de bord. C'était lors de la mission sous son commandement, l'an dernier. Une fuite de liquide réfrigérant a forcé la NASA à décréter, à 24 heures d'avis, une dangereuse sortie dans l'espace.
«Nous avons bien réagi, mais ça ne tient pas à la chance. Pendant des années, on s'est entraîné à faire face à des situations qui tournent mal. Il faut se fixer des objectifs et s'arranger pour les atteindre. Outillez-vous, devenez compétents pour atteindre les objectifs que vous vous êtes fixés», a insisté l'ex-astronaute qui avait soudain des airs de prêcheur.
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Hadfield ne retournera plus dans l'espace.
Je pensais qu'il en nourrirait des regrets. Un genre de space blues. Mais non. En entrevue, il m'a corrigé sans cacher son agacement. «C'est présumer que la seule chose intéressante de ma vie a été de voyager dans l'espace et que le reste a été triste. Mais moi, j'ai aimé chaque jour de ma vie.»
Et puis, je ne vous ai pas tout dit.
Chris Hadfield ne voulait pas seulement devenir astronaute. Son but, c'était de marcher sur la lune. «Et ça, je ne l'ai pas encore fait», concède-t-il.
Et le revoilà qui reprend son prêche.
«Mais ce but m'a donné une idée de ce que je voulais faire de ma vie. Et tout ce que j'ai accompli jusqu'à maintenant, c'est le résultat de cela.»
Un diable d'homme.