Pauline Marois a dû se défendre samedi d'avoir déclenché la campagne électorale pour éviter que son parti ne soit éclaboussé devant la commission Charbonneau ou par une enquête de l'UPAC.

L'intégrité, nouveau mot-clé de la campagne

Après «référendum», «intégrité» est devenu le nouveau mot passe-partout de la campagne électorale.
Pauline Marois a dû se défendre d'avoir déclenché la campagne électorale pour éviter que son parti ne soit éclaboussé devant la commission Charbonneau ou par une enquête de l'Unité permanente anticorruption (UPAC), rejetant dans l'ombre son annonce sur les engagements de son parti en matière de travail.
Elle a assuré ne rien savoir de l'existence d'un système de financement occulte au Parti québécois (PQ) dans les années 1990.
La chef péquiste a été questionnée sur les pratiques passées de sa formation politique en matière d'intégrité et de financement, samedi matin, dans la foulée de la publication d'un reportage de La Presse. Selon cet article, dans les années 1990, des firmes de génie-conseil se seraient réparties les territoires pour l'obtention des contrats publics lors de «ventes aux enchères» annuelles au profit du Parti québécois, au pouvoir à cette époque.
Mme Marois a affirmé que les rencontres entre le directeur général du PQ, Sylvain Tanguay, et des inspecteurs de l'UPAC n'auraient pas influencé sa décision de déclencher des élections, ajoutant par ailleurs qu'elle n'avait «jamais entendu parler» du stratagème détaillé dans le texte du quotidien montréalais.
Le chef libéral Philippe Couillard en a profité pour dénoncer Mme Marois et le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault.
M. Couillard a dit ne pas vouloir jouer le «jeu de l'association», mais il demande quand même à Mme Marois et à M. Legault de s'expliquer sur les affirmations de La Presse. Ses deux adversaires doivent fournir des précisions à ce sujet, a ajouté celui qui assure ne pas vouloir faire du «lançage de boue (sic)».
Avant de lui faire la morale sur des questions d'éthique, Pauline Marois et François Legault devraient commencer par dévoiler la totalité de leurs états financiers, a dit M. Couillard.
«J'ai mis toute ma vie sur la table et celle de mon épouse aussi, a clamé le chef du PLQ. De voir M. Legault poser des questions sans queue ni tête et Mme Marois qui se sauve, ce n'est plus acceptable.»
Paradis fiscaux
Mais la question des paradis fiscaux continue de hanter le chef libéral.
M. Couillard a eu de la difficulté à cacher son impatience lorsqu'il a de nouveau été questionné sur sa décision de verser son salaire dans un paradis fiscal alors qu'il travaillait en Arabie saoudite malgré la légalité de la démarche.
«Ça remonte à 20 ans et tout a été déclaré, a-t-il dit. C'est encore une fois tourner en épingle quelque chose qui n'a aucune substance. C'est assez étrange que l'on reproche à quelqu'un d'avoir suivi les lois fiscales.»
Revenu au Québec en 1996, il a néanmoins conservé son compte - estimé à 600 000 $ - à l'île de Jersey jusqu'en 2000. Cela ne l'a pas empêché, à son avis, d'avoir tout déclaré et payé aux autorités fiscales concernées.
Après M. Couillard, c'est au tour de Pierre Karl Péladeau d'être éclaboussé par la question des paradis fiscaux.
Québec solidaire s'est lancé dans une charge contre les paradis fiscaux, ciblant des entreprises qui semblent liées à Québecor, propriété du candidat péquiste.
Québec solidaire soulève une série de questions après avoir consulté le registre Internet de l'État du Delaware, aux États-Unis, où figurent plus de 60 entreprises qui portent les noms de Québecor ou de ses filiales.
Pour Amir Khadir, candidat à sa propre succession dans la circonscription de Mercier, il est incompréhensible qu'un «fleuron du Québec» ne paie pas tous ses impôts au Québec au moment où les contribuables et les entrepreneurs québécois remplissent leur rapport d'impôt.
Amir Khadir demande aux autres formations politiques d'exclure d'emblée les candidats qui ont recours à de telles pratiques. Il en fait une question de transparence et d'engagement dans la lutte à l'évasion et l'évitement fiscal.
Le tourisme
De son côté, François Legault veut transformer le tourisme au Québec en misant sur le fleuve Saint-Laurent.
M. Legault a sévèrement critiqué les orientations des derniers gouvernements en matière de tourisme, soutenant qu'ils ont dilué les ressources.
Pour M. Legault, il est possible d'attirer davantage de touristes et ainsi augmenter significativement les retombées économiques, mais seulement si l'on «concentre» les efforts sur les rives du Saint-Laurent.
Le chef caquiste avance que des milliards de dollars sont en jeu et que son projet peut permettre d'attirer chez nous des touristes étrangers qui choisissent actuellement d'autres destinations.