Louis Patry, 71 ans, est cofondateur du Mouvement d'implication francophone d'Orléans, ainsi que le cofondateur et vice-président de la Société franco-ontarienne du patrimoine et de l'histoire d'Orléans.

L'infatigable Orléanais

CHRONIQUE LES GRANDES ENTREVUES / Le lundi 25 septembre est la Journée des Franco-Ontariennes et des Franco-Ontariens. Une journée qui reconnaît la contribution de la communauté francophone de l'Ontario à la vie culturelle, historique, sociale, économique et politique de la province.
Selon Louis Patry, cette journée consacrée aux Francos se veut aussi un moment pour se souvenir des accomplissements réalisés par les Franco-Ontariens au fil des décennies.
« Mais aussi, dit-il, une journée pour réfléchir à l'avenir et ce qui nous reste à accomplir comme communauté. »
Louis Patry, 71 ans, est cofondateur du Mouvement d'implication francophone d'Orléans (MIFO), ainsi que le cofondateur et vice-président de la Société franco-ontarienne du patrimoine et de l'histoire d'Orléans (SFOPHO). Et en janvier dernier, ce fonctionnaire fédéral à la retraite et père de deux enfants a accepté de diriger - bénévolement, faut-il le souligner - le nouveau mensuel d'Orléans, L'Orléanais. Il a « son » Orléans à coeur, c'est le moins qu'on puisse dire.
Natif de la Basse-Ville d'Ottawa, Louis Patry a vécu plusieurs années à Vanier avant de déménager avec son épouse, Nicole, dans le secteur Orléans. « Nous sommes déménagés à Orléans en 1978, se souvient-il. Ce secteur, qui était à l'époque majoritairement francophone, se développait rapidement. Et il y avait beaucoup de familles anglophones qui venaient s'y établir. Donc le visage d'Orléans changeait rapidement et le français régressait. Alors, je me suis impliqué et j'ai cofondé le MIFO. »
L'accent aigu
Les francophones d'Orléans étaient déjà impliqués dans une longue lutte lorsque M. Patry est arrivé dans ce secteur. Une lutte pour que le nom « Orléans » soit officiellement reconnu avec l'accent aigu sur le « e ». Une lutte qui a d'ailleurs inspiré le chanteur-compositeur, (feu) Paul Demers. « Pour mettre les accents, là où il le faut », a écrit ce dernier dans sa chanson « Notre Place », qui a récemment été reconnue comme l'hymne officiel des francophones de l'Ontario. 
Cette lutte pour un simple accent aigu peut sembler plutôt banale aujourd'hui. Mais elle a tout de même duré une vingtaine d'années avant que les Franco-Ontariens puissent crier « victoire » !
« Toute une affaire, cette histoire-là, se souvient M. Patry en secouant la tête. Durant les années 1970, raconte-t-il, il y avait beaucoup de controverse au niveau des deux conseils municipaux de Cumberland et de Gloucester. (Le secteur Orléans se situait sur la frontière de ces deux anciennes municipalités fusionnées à Ottawa en 2000.) Ces deux conseils ne pouvaient pas s'entendre, ils ne pouvaient pas décider si Orléans devait officiellement s'écrire avec un accent aigu ou non. Et à l'époque, la Commission de toponymie de l'Ontario avait dit à ces deux municipalités que la province accepterait l'épellation avec l'accent aigu si elles parvenaient à s'entendre sur cette question. Mais ce n'est pas avant 1994 que la Commission de toponymie a enfin tranché et statué que le nom Orléans allait s'écrire avec l'accent aigu, en français et en anglais. Mais je ne me suis pas beaucoup impliqué dans cette lutte à l'époque. Ma carrière au bureau du Vérificateur général du Canada occupait tout mon temps et j'avais aussi mes deux enfants à élever », ajoute M. Patry.
Mais bien qu'il ne se soit pas impliqué dans cette lutte à l'époque, Louis Patry a repris le bâton du pèlerin au cours des dernières années.
« J'ai créé un comité en 2012 au sein de la SFOPHO, explique-t-il. On l'appelle le comité pour l'amélioration de la place des noms francophones à Orléans. Et nous nous sommes penchés sur la situation de l'usage de l'accent aigu (dans le nom Orléans) pour se rendre compte qu'il y avait un grave problème à ce niveau et que la situation s'empirait. De plus en plus de commerces s'affichaient avec le nom Orleans sans accent aigu. J'ai donc écrit des lettres et visité ces commerces pour leur rappeler cette décision prise par le gouvernement de l'Ontario en 1994. Plusieurs n'étaient pas au courant et ont accepté de changer leur affichage. Et le pourcentage de ceux qui ajoutent l'accent aigu a beaucoup augmenté depuis qu'on a commencé notre campagne pour faire reconnaître le nom français. Mais certains ne changent rien, ils sont un peu têtes dures. Mais moi aussi, je peux l'être », lance-t-il en riant et en brandissant une liste de 402 (!) commerces qu'il a visités ou avec lesquels il a communiqué au cours des dernières années.
Et de cette liste, on apprend que 227 commerces d'Orléans s'affichent avec l'accent aigu (56 %), tandis que 175 commerces (44 %) ne le font pas.
« Il me reste du travail à faire », laisse tomber l'infatigable Orléanais.