L'académicien Dany Laferrière est de passage en Outaouais afin de rencontrer les étudiants de l'Université du Québec en Outaouais, du Cégep et des écoles secondaires.

L'«immortel» grand-papa en visite en Outaouais

« L'immortalité, ce sont les enfants de nos enfants. Et la langue qui se passe, comme un témoin, d'une génération à l'autre », soutient Dany Laferrière, aussi fier grand-père que nouveau membre de l'Académie française.
L'« immortel » de 60 ans est de passage à Gatineau, aujourd'hui, pour y donner trois conférences à des étudiants des niveaux secondaire, collégial et universitaire. Celle de 10 h 30 à l'Université du Québec en Outaouais s'avère la seule ouverte au public. L'écrivain québécois d'origine haïtienne parlera alors d'écriture et de lecture. « De la vie, quoi ! » clame-t-il, tout sourire.
Car pour Dany Laferrière, le livre n'a rien d'un objet mort. Il incarne plutôt un lieu d'échanges entre deux personnes qui ne se connaissent qu'à travers lui.
« Le plus intéressant, dans l'écriture, c'est le lecteur. Nous pouvons écrire avec ou contre ce que nous sommes, mais nous ne savons rien de celui ou celle qui nous lira. Ils sont là, les mystère et beauté du métier. »
Avide d'« aller à la rencontre des lecteurs de toutes les générations », il a notamment soumis sa candidature à l'Académie française pour ces « discussions de qualité » autour du livre, de l'art, de ce « chemin qui mène vers l'intérieur de soi » qu'il aspire maintenant à partager avec ses pairs.
S'il a été élu en décembre, M. Laferrière ne s'est toutefois pas encore officiellement assis dans son fauteuil (le numéro 2). Il lui faudra d'abord rencontrer le président de la République et livrer son discours de réception avant de faire son entrée sous la Coupole. L'écrivain doit d'ailleurs se rendre à Paris, en février, pour en savoir un peu plus sur la suite des choses. « Mais comme trois autres académiciens, élus avant moi, attendent toujours de franchir certaines de ces étapes... »
L'homme n'est donc pas pressé. Pas plus qu'il ne sent de pression accrue à produire, à la suite de sa récente élection.
« Accéder à l'Académie, c'est une consécration, pas une exhortation à écrire », fait valoir l'auteur d'une vingtaine de titres, dont L'Énigme du retour (prix Médicis en 2009).
« Je n'ai jamais eu de grands plans, si ce n'est d'écrire les livres qui exigeaient de l'être, renchérit-il. On peut les aimer ou non, cela ne m'appartient pas, mais chacun a sa raison d'être. Et si d'autres réclament d'apparaître, j'obtempérerai. »
D'ici là, un troisième album mettant en scène Vieux Os (Le baiser mauve de Vava ) atterrira en librairies, début avril. Après l'amour et la mort, l'auteur traitera de politique. « Ce sont trois thèmes qui intéressent les gens libres que sont les enfants », soutient celui qui se considère encore un enfant lui-même.
Dany Laferrière signera aussi l'adaptation de L'Odeur du café pour un lectorat jeunesse et une nouvelle mouture de L'art presque perdu de ne rien faire, qui sera publié en France plus de deux ans après sa sortie au Québec.
« Je n'ai pas beaucoup de respect pour mes textes, dans le sens où ils n'ont rien de sacré, à mes yeux. C'est pour ça que je me sens à l'aise de les retravailler. Un livre, pour moi, s'avère quelque chose de vivant, qui s'inscrit dans le mouvement et que je peux donc retoucher, revisiter, republier. »
Ainsi, cette Odeur du café de sa grand-mère Da, sur laquelle il continue de bâtir son oeuvre, sera « toujours le fil de mon écriture, mais jamais le filon ! »