Jacques Émond quittera bientôt le poste de directeur artistique du Festival international de jazz d'Ottawa. «Le moment était tout désigné», dit-il en parlant de la grande maturité du festival.

L'exaltante passion du jazz

La prochaine édition du Festival international de jazz d'Ottawa (FIJO) sera la dernière de Jacques Émond à titre de directeur artistique. Aujourd'hui, LeDroit etRadio-Canada décernent à ce passionné de la musique le titre de Personnalité de la semaine.
Le prochain Festival international de jazz d'Ottawa sera le 29e pour Jacques Émond. Et son dernier. Il a mis son étiquette sur une partie de la grille de la 30e édition avant de tirer une dernière parenthèse.
 
«J'ai eu des embolies et ça m'a donné un choc. Maintenant, je suis bien et le moment était tout désigné pour prendre ma retraite et profiter pleinement de la vie.»
Regard sur la brillante carrière d'un passionné de musique. De jazz en particulier. L'ancien fonctionnaire du ministère des Transports a été de la toute première édition du Festival international de jazz d'Ottawa, en 1981. Un rendez-vous intime pour férus avec ses deux soirs de concerts dans la cour arrière du Château Laurier.
«Avec Tony Pope, Bill Shutleworth et Bob Misner, on avait concocté une petite série de spectacles sans se douter qu'on allait être encore là, 30 ans plus tard. À l'époque, c'était une passion pour nous et on avait le goût de l'assumer. L'entrée était libre et notre tête d'affiche avait été Peter Appleyard.»
Jacques Émond n'a jamais cessé de l'assumer, cette passion. Il a raté une seule édition du FIJO, mais il ignore laquelle.
Lui et le jazz sont devenus les meilleurs amis au monde durant les années 1950, à l'époque des grandes soirées au Standish Hall de Hull et au Circus Lounge d'Ottawa. «Le Vieux-Hull était réputé comme étant laMecque du jazz et le secteur n'avait rien à envier à la 52e à New York.»
L'amitié s'est développée à travers toutes les phases du festival. De son enfance à l'adolescence et l'âge adulte. Au fil des ans, l'événement est devenu un repère tant pour les aficionados du jazz que pour ses simples amateurs.
«On en a fait du chemin. Après le Château Laurier, on s'est retrouvé au parc Major avant de s'installer à l'Astrolabe et sur les terrains du Centre national des arts. Le festival a atteint son rythme de croisière une fois rendu au parc de la Confédération.»
On a rencontré Jacques Émond au rez-de-chaussée de l'édifice où loge LeDroit. On l'a senti ému et particulièrement touché quand est venu le temps d'entreprendre un voyage dans le temps et de ressasser certains des grands moments du FIJO. Il avait même griffonné quelques notes sur des bouts de papier. Des souvenirs intarissables et des rencontres inoubliables.
Et d'heureuses initiatives. Il y a plusieurs années, la pianiste d'un groupe était une dénommée Diana Krall. Sa virtuosité au piano avait attiré l'attention de Jacques Émond, au point de lui proposer un spectacle en solo, à l'auditorium de Bibliothèque et Archives Canada.
«Elle m'avait répondu qu'elle n'avait jamais donné un concert en solo. J'ai insisté et elle a accepté, en retour d'un cachet de 300$.»
De grands noms
Le gourou du jazz l'a toujours admis, il a eu l'unique chance de présenter les concerts de certains de ses musiciens préférés, Lionel Hampton, Dave Brubeck, Phil Woods, Bud Shank, Buddy DeFranco, Stan Getz, Billy Perkins et la famille Marsalis avec le paternel et pianiste, Ellis et les enfants, Wynton, Branford, Delfeayo et Jason. De gros noms de la planète jazz, mais aussi des belles personnes. «Des musiciens reconnaissants et chaleureux.»
Le dernier et non le moindre est Charles Lloyd. Magnifique coïncidence, son spectacle a été le dernier de la 29e édition.
«On l'a invité à maintes reprises, mais il ne donne pas beaucoup de spectacles. Il a finalement accepté et son concert a été un des faits saillants de ma carrière au festival.»
Les années ont passé et le festival a bien vieilli. Avec le temps, Jacques Émond a toujours su faire une place aux musiciens de la région. Le Big Band Carava, Patrice Servant, Le Delphinius Jazz et Nathalie Nadon se sont tous retrouvés sous les projecteurs. Et pas sur une scène quelconque. Plusieurs sur la grande scène.
«J'espère que le festival va continuer à entretenir des liens étroits avec les artistes d'ici. C'est mon voeu.»
Jacques Émond va quitter son poste de directeur artistique du Festival international de jazz d'Ottawa dans quelques jours. On le verra tout de même sur le terrain du parc de la Confédération, cet été.
Et il sera encore à l'antenne de la radio de l'Université Carleton, CKCU, les dimanches entre 16h et 17h30. Un bloc de 90 minutes où le jazz occupe toute la place.