Lettre à mes amis Français

Chers amis du Vieux Continent,
«Vous avez probablement vu le reportage sur le Québec diffusé sur la chaîne TF1 le 27 décembre dernier. Et vous avez peut-être entendu les critiques d'ici qualifiant ce reportage d'une série de clichés qui sont loin de présenter la réalité du Québec et des Québécois.
«Ces critiques ont tort, chers amis.
«En visionnant le reportage en question, un mot m'est venu rapidement en tête: Enfin! Enfin un journaliste qui dit les vraies choses. Enfin un reportage qui reflète la vie telle qu'elle est ici dans cette province où, comme dit le journaliste français, 'on ne compte que deux saisons: l'hiver et le mois de juillet'. Enfin un reporter qui ne plie pas sous la pression du gouvernement et de l'industrie touristique québécoise qui, comme on dit ici, tente de 'passer un sapin' aux Français en leur présentant des images tout à fait irréelles de la Belle Province.
«Ces fonctionnaires diraient n'importe quoi pour vous attirer ici et empocher vos euros. Ils vont même jusqu'à prétendre qu'un été existe au Québec. C'est de la foutaise! Ou, si vous préférez dans notre langue colorée: c'est 'un show de boucane'.
«Le journaliste de TF1 a tout à fait raison. Le Québec est bel et bien 'recouvert de blanc huit mois par année'. (Il a même été généreux dans son commentaire puisque le Québec est, en fait, recouvert de blanc pratiquement 12 mois par année!).
«Il dit vrai aussi en parlant des chiens huskies qui tirent nos traîneaux. Vous avez oublié ses paroles? Les voici: 'Au Québec, ça prend des huskies pour survivre. (Ces chiens) sont les maîtres des lieux et de précieux guides. Sans ses huskies, l'homme est ici perdu, isolé dans un silence presque étourdissant'.
«Enfin quelqu'un l'a dit! Les chiens sont nos maîtres. Sans eux, point de salut. Sans eux, on 'péterait au frette'. Et quand nos huskies prennent de l'âge et qu'ils n'ont plus la force pour tirer notre seul et unique moyen de transport, on les mange. Question de survie, vous comprenez. (Et on ne peut tout de même pas manger du caribou et de la poutine à longueur d'année!). Donc on mange nos vieux huskies, disais-je, pour les remplacer par leurs chiots qu'on appelle ici des slush puppies. Donc si jamais vous visitez votre beau-frère dans sa cabane au Canada - en juillet évidemment - et que vous trouvez que le steak qu'il vous a préparé sur son barbecue intérieur a du chien, vous aurez entièrement raison.
«Mais là où le journaliste de TF1 démontre une rigueur exemplaire pour tous les membres de la profession, c'est quand il affirme sans se tromper qu'il tombe sur le Québec en moyenne 'quatre mètres de neige par année que les habitants doivent déblayer'.
«Il en faut du culot journalistique pour contredire les balivernes que l'industrie touristique québécoise vous répète depuis des années. Parce que ces gens vous diront qu'il tombe en moyenne environ 300 cm de neige par année sur le Québec.
«Il disent n'importe quoi pour vos euros, ma foi! Puisque 300 cm de neige, on appelle ça ici des floconades quasi quotidiennes. Ce n'est rien! Ce n'est que 15 ou 20 minutes de pelletage, tout au plus. Un léger exercice. Une bouffée d'air frais. Je dirais même: un répit. C'est tout ça, mais ce n'est certainement pas la moyenne annuelle! Mais si seulement ce l'était...
«Mais n'allez pas croire que tout est noir au Québec durant les 11 mois d'hiver. Ou plutôt que tout est blanc. On s'amuse beaucoup ici. D'ailleurs, vous devriez visiter la ville de Québec du 20 au 22 mars (température moyenne en mars: -35°C, -60°C avec le facteur vent). Durant ce week-end de mars se tiendra la finale de la compétition internationale Red Bull Crashed Ice.
«C'est quoi, cette compétition, demandez-vous? Eh bien ce n'est pas compliqué. On verse de l'eau sur la falaise du Vieux-Québec, et cet eau gèle instantanément pour faire de cette falaise une immense glissade de glace sur laquelle se lancent les intrépides compétiteurs chaussés de patins à glace (communément appelés ici: nos souliers d'hiver ou mocassins). Les participants descendent à une vitesse éclair et celui qui atteint le bas de la falaise le plus rapidement sans se tuer et sans tomber de ses mocassins est couronné champion.
«Cette compétition a été inventée, un peu accidentellement, durant l'Expo 67 à Montréal. Au début août, quand le mercure chute annuellement sous le point de congélation à Montréal, l'eau dans le manège La Pitoune à la Ronde de l'Expo a évidemment gelé. Alors plutôt que de chuter dans une cascade d'eau, les visiteurs pouvaient glisser sur une cascade de glace. Et c'est comme ça que le Red Bull Crashed Ice a vu le jour. Sorti tout droit de La Pitoune de l'Expo. Vous raconterez ça à vos potes.
«Bon, je dois vous quitter, chers amis Français. Chapeau encore une fois au journaliste de TF1 pour son courage et sa rigueur. Maintenant, je dois aller déblayer les 550 cm de neige tombés la nuit dernière. J'en ai pour une bonne demi-heure. Mais pas besoin de mon casque en queue de castor, il ne fait que -23°C ce matin. On connaît un hiver plutôt clément cette année. Le réchauffement de la planète, sans doute. Salut les mecs!»
- Votre ami Denis.