Robert Charlebois transportera tout son répertoire sur la scène du Centre national des arts.

L'éternelle jeunesse de Charlebois

Robert Charlebois apporte sa Boulé, ses ailes d'ange et 48 autres pièces maîtresses au Centre national des arts. Mais, parce qu'il est jeune de coeur, il n'apporte que 50 de ses 69 balais. C'est le nombre d'années qu'il a passées sur scène, 50. C'est aussi le nombre de chansons qui figurent sur la plus récente compilation du chanteur bouclé.
De ce florilège, il en interprétera la moitié, vendredi prochain, à la salle Southam, où il sera entouré d'Ingrid St-Pierre, Dumas et Louise Forestier qui l'aideront à souffler un vent de jeunesse sur les bougies de cette tournée anniversaire.
« La moyenne d'âge du band équivaut à la moitié du mien, s'enorgueillit-il. C'est dans la jeunesse que se trouvent la force et l'énergie. Pour moi, une soirée réussie, c'est pas quand on est tous des gens de la même génération : je préfère les mélanges, quand il y a des jeunes autour, que ce soit à l'occasion d'un party ou des conversations à la maison. »
Selon la volonté du public
Quelle moitié Garou Premier choisira-t-il ? Tout ça dépendra des desiderata du public : depuis quelque mois, les internautes sont conviés à cocher sur le site officiel de l'artiste les 25 chansons qu'ils veulent entendre, parmi ce répertoire trop vaste pour être joué en intégralité.
Du Charlebois 2.0 ? Pas tout à fait. Pas à la mesure de Tout égratigné, l'hommage électronique que lui ont récemment servi Poirier et ses acolytes platinistes.
Mais les manettes de l'interactivité et de la connivence avec le public sont poussées au maximum. Une spectatrice aura même le droit de monter sur scène pour entonner la classique Coeur en chômage en duo avec Charlebois (voir texte ci-dessous).
Charlebois se promènera donc « à cheval entre le XXe et le XXIe siècle » sur les classiques que le public aura plébiscités. « Mais je n'ai pas la prétention de faire comme Gregory Charles, un surdoué qui connaît 4000 morceaux, alors que moi j'ai de la misère à en retenir 50. C'est pas le même magasin », rigole humblement le chanteur.
« L'objectif, c'est que le spectacle soit radicalement différent d'un soir à l'autre », tout en respectant un certain équilibre. « Si un soir je fais Saint-Augustin, je ne fais pas Le Mont Athos. Je ne peux pas abuser des ballades et des temps calmes. Et je ne peux pas jouer aux dominos » et laisser aux gens la liberté totale de déterminer progressivement la programmation, parce que « si je leur demande ce qu'ils veulent entendre, ils envoient tout de suite les 12 plus fortes et je vais finir en queue de poisson », avance Charlebois.
Les arrangements seront « exactement les originaux, ceux qu'on a créés sur disque », précise-t-il.
« Musicalement, c'est très, très luxueux. On est 10 musiciens. J'ai un violoneux-tapeux de pieds qui donne une dimension, comment dire ?... entre Riverdance et le funky. C'est un show difficile à décrire. Y'a des orgues, des synthés, des pianos... mais pas [joués] par moi. C'est d'ailleurs pour ça que c'est si bon ! » pouffe-t-il.
Non, il ne jouera « ni piano, ni guitare, et je ne parle presque pas ; je présente les morceaux, mais sans faire de blagues. Je mets toute mon énergie et ma concentration dans le chant ».
Chanter avec «Madame Bertrand»
Un des clous du présent spectacle de Robert Charlebois est l'arrivée sur scène d'une « Mme Bertrand ». C'est-à-dire une candidate choisie parmi ses fans pour interpréter avec lui la chanson Coeur en chômage, à l'origine interprétée en duo avec Mouffe.
Le concept a été testé en octobre dernier.
« On a fait six soirs (à Brossard), on eu six Madame Bertrand différentes et ç'a été magique à chaque fois. À part [l'animatrice] Monique Giroux, qui était déjà montée sur une scène, c'était toutes des amateures qui avaient appris la chanson dans leur cuisine. »
Une demi-heure avant le spectacle, Robert Charlebois rencontre ses fans, qui partageront le micro avec lui. « On trouve leur tonalité à la guitare, et après ça... elles arrivent comme elles sont - il n'y a pas de limite d'âge, de poids ou de lunettes - en essayant de faire de leur mieux. »
« C'est un des temps forts du spectacle, renchérit Charlebois dans un sourire. J'aurais Céline Dion à mes côtés, ça ne marcherait pas aussi bien : les gens adorent voir ça, des gens qui chantent comme eux, ils s'identifient. Des fois, les filles dérapent ou perdent la tonalité et on rit ensemble... Mais quand elles frappent la note juste, les gens se lèvent d'un bond. »
Comment sont choisies ces « Mesdames Bertrand » ? Les gens apostrophent Robert Charlebois à l'issue des prestations, pour lui suggérer une soeur ou une cousine qui maîtrise particulièrement bien le répertoire.
« Le premier soir, [la candidate élue] s'appellait Chantale Bertrand [Gagliano], ça ne s'invente pas, et elle m'avait vu en show à peu près 60 fois, sans exagérer. »
Au moment de l'entrevue, il n'était pas sûr si les candidates allaient continuer de se bousculer au portillon durant la tournée en région. « Sinon, on se contentera des Miss Pepsi ! » rigolait-il, en faisant allusion a un autre morceau remontant aussi à l'album Un gars ben ordinaire, paru en 1970.
Le sommet de la branchitude
Le DJ montréalais Poirier a récemment élaboré Tout égratigné, un album de remixes électroniques des chansons de Robert Charlebois, passablement déconstruites.
« Il paraît que le gens aiment beaucoup l'album, mais la musique faite par des ordinateurs, c'est un coin musical où je ne vais jamais jouer. Je suis pas très gadgets, même si j'ai un respect énorme pour les synthétiseurs. J'en ai utilisé beaucoup dans les années 1970 [...] mais ma tête n'est plus tellement là. En ce moment, ce que j'aime, ce sont les chansons qui racontent une histoire, simple, avec une mélodie. »
« Ils voulaient me rendre hommage, alors je n'étais pas pour leur dire : "Heille, les jeunes, faites-moi pas ça!"» éclate de rire le chanteur masqué. Qui avoue se chercher, dans le résultat.
« [Les artistes aux platines] prennent une note ou un bout de voix et ils élaborent. [...] En général, c'est assez abstrait. Je reconnais ici ou là tel accord que j'ai joué en 1972, ou l'intro de Je reviendrai à Montréal, mais après... ça part dans un sens qui m'échappe. C'est comme faire de l'art abstrait à partir d'un tableau figuratif, mettons. Ils prennent un coin de tableau et l'agrandissent, avec leurs couleurs et des abstractions. Je ne peux pas juger, vu que je ne connais pas trop. C'est un beau clin d'oeil, un bel hommage qu'ils me font et je l'accepte [avec plaisir, parce que] c'est le sommet de la branchitude mondiale, puisqu'il y a des gens qui ont participé un peu partout sur la planète. »