Avide lecteur, Alain Deneault avoue s'être ouvert tard aux mondes de la littérature.

L'esprit critique d'Alain Deneault

Alain Deneault sera l'invité d'honneur du Salon du livre de l'Outaouais (SLO) jeudi, deux jours après la publication de Paradis fiscaux : la filière canadienne (éditions Écosociété).
L'auteur originaire de Pointe-Gatineau, qui préfère de loin l'essai à la fiction, a fait beaucoup parler de lui en 2008, dans la foulée de la parution de Noir Canada, lorsque les compagnies minières et Barrick Gold et Banro l'ont poursuivi en diffamation pour 11 millions $.
M. Deneault, docteur en philosophie et chargé de cours à l'université de Montréal, où il enseigne la pensée critique, n'en était pas à son coup d'essai. Ses ouvrages décortiquent l'architecture complexe des systèmes politiques et financiers, tout en dénonçant la complaisance des États de droit et la responsabilité historique du Canada.
« Écrire est un métier risqué, mais la gravité des enjeux appelle ce risque. On ne peut pas toujours se cacher derrière la fiction. Je ne comprends pas pourquoi les romanciers ne font pas plus de réel : il est stupéfiant, inquiétant, et mérite d'être nommé comme tel », tranche l'essayiste.
À l'issue de longs « dédales judiciaires », les poursuites se sont soldées par des ententes hors cours. Noir Canada, lui, a été retiré de la circulation. Convaincu d'avoir été poursuivi et bâillonné « sur une question d'apparence de droit, et non de droit », l'auteur clame une demi-victoire : « politiquement, on a gagné, car les thèses que je défendais étaient à l'époque étonnantes ; aujourd'hui, elles sont admises au sein du débat public. »
Dans son nouveau livre, l'auteur argue que « les États traditionnels fonctionnent désormais en s'inspirant des modèles offshore » et qu'ils se livrent, laxistes, à une « course à la concurrence » pour courtiser des capitaux dont ils connaissent la propreté douteuse.
Avide lecteur, Alain Deneault avoue s'être ouvert tard aux mondes de la littérature.
« Enfant, c'est au SLO que j'ai découvert l'abondance du livre, [même si] je n'étais pas un lecteur boulimique.
Il y est retourné en tant qu'étudiant du Collège Algonquin (devenu La Cité). Les inscrits en journalisme y avaient un local, produisaient un journal quotidien et des émissions de radio.
L'expérience a « resitué nos jeunes esprits sur ce qu'est l'écriture. La langue a cessé d'être purement utilitaire : elle permettait soudain de nommer des désirs, des projections, d'approfondir des analyses et des désaccords. »
« Il y avait un brassage d'idées intéressantes. C'était l'époque de la condamnation de Salman Rushdie par l'ayatollah Khomeny. Les Versets sataniques, c'est un roman [une fiction] mais c'est en même temps une pensée critique sur le discours d'une idéologie dominante. »
Plus tard, « les livres qui m'ont le plus marqué sont ceux qui s'inscrivent dans le courant critique : des textes [...] qui nous font comprendre les travers des structures sociales, qui aident à ne pas confondre nos consciences avec les idéologies - lesquelles ne sont que des constructions » de la pensée, et non des vérités.
Les choix d'Alain Deneault
1) Livre de jeunesse: La statue de sel d'Albert Memmi, le roman autobiographique d'un penseur tunisien en porte-à-faux avec tout le monde.
2) Livre de chevet : Le maître ignorant, de Jacques Rancière (traité de philosophie portant sur le pédagogue iconoclaste Joseph Jacotot)
3) À emporter sur une île déserte: les oeuvres complètes de Shakespeare. Tout est là.