Des étudiantes du Collège d'Alfred s'inquiètent de l'avenir de leur programme pour les générations futures.

Les vaches du Collège d'Alfred

Elles n'arrêtaient pas de parler de leurs vaches. Quoi, vos vaches?
Je vous parle de cinq étudiantes du Collège agricole d'Alfred qui ont émergé un peu avant les autres du sous-sol du vieux bâtiment hier midi. Cinq étudiantes sous le choc qui venaient d'apprendre de la bouche d'un vice-recteur de l'Université de Guelph que leur campus allait fermer à la fin de leurs études.
Elles étaient à la fois en colère, frustrées et dépitées.
Les filles portaient des chandails avec les lettres UGCA imprimées sur le devant. UGCA pour Université de Guelph, campus d'Alfred. De dépit, Vanessa Renaud avait arraché les lettres U et G de son chandail, laissant apparaître un bout d'épaule et la bretelle de son soutien-gorge. «Ils se débarrassent de nous autres. C'est ça qu'ils nous disent. Alors je n'ai plus aucune fierté à porter le UG», a-t-elle résumé.
Les filles s'en fichent des considérations financières. Elles ont compris que l'U. de Guelph les larguait. Et même si on leur dit qu'elles pourront terminer leurs études au Collège d'Alfred, elles pensent aux autres générations de francophones qui viendront après eux et qui n'auront pas la chance d'étudier l'agriculture en français.
«C'est comme si l'éducation en français ne valait pas assez pour eux. En technologie agricole, c'est le seul programme en français en Ontario. M'enlever ce programme-là, c'est comme m'enlever le droit d'étudier en français», a renchéri une autre de ses copines, je ne sais plus si c'est Ingrid, Rachel ou Gabrielle.
«Et puis, il y a nos vaches», a ajouté une grande blonde, Mélanie Frappier.
Il m'a fallu un petit moment avant de comprendre ce que les vaches venaient faire dans cette histoire. C'est qu'il y a un troupeau de vaches au Collège d'Alfred. Les bêtes servent à la recherche et à l'enseignement des techniques de soins vétérinaires, entre autres.
Alors quoi, vos vaches?
Les filles ont ouvert de grands yeux. «Les vaches, ils veulent les déménager, ils veulent tout nous ôter! C'est dur d'apprendre l'agriculture quand tu n'as pas de vache, pas de troupeau, pas de machine ni rien», a expliqué Vanessa.
On dit que La Cité et le Collège Boréal pourraient reprendre trois des six programmes offerts par le collège d'Alfred. Or les étudiantes ont vite compris que, sans les vaches, ces programmes ne seraient plus les mêmes.
Le vice-recteur de l'U. de Guelph, Serge Desmarais, s'y connaît mieux en chiffres qu'en bétail. «Il y a eu beaucoup de questions au niveau du troupeau de vaches, au point où je me demandais si j'aurais dû ouvrir cette petite porte-là», soupirait-il après la réunion avec les étudiants.
Le fait est que le troupeau appartient au Dairy Farmers of Ontario (DFO) qui prête des vaches au gouvernement ontarien pour faire de la recherche dans le domaine de l'agriculture. Or le ministère de l'Agriculture, ainsi que le DFO veulent rapatrier les troupeaux à Elora, tout près de Guelph, dans un nouveau complexe de recherche de plusieurs millions de dollars.
M. Desmarais évoquait toutes sortes de possibilités pour poursuivre l'enseignement en français de l'agroalimentaire, comme des cours en ligne. Sauf qu'apprendre à soigner une vache, pas de vache...
«Comme m'ont dit les étudiants, les choses fondamentales et appliquées, ça va nous prendre des vaches», concède M. Desmarais.
Voyez les filles? Il a compris.
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Mais bon, ce n'est pas fini cette histoire-là.
La communauté franco-ontarienne se prépare déjà à batailler pour empêcher la fermeture du Collège. Elle dispose d'un an pour changer le cours des choses.
Mon impression, c'est que l'Université de Guelph, qui soutient le Collège d'Alfred depuis 1997, a décidé qu'elle avait assez contribué et veut passer le flambeau à une autre institution.
Les inscriptions sont en chute libre et la moitié des étudiants du Collège d'Alfred sont Québécois. L'U. de Guelph calcule que chaque étudiant lui coûte 36000$ par année. «C'est plus que pour étudier à Harvard», souligne le vice-recteur Desmarais.
À quelques semaines du déclenchement des élections provinciales en Ontario, le synchronisme n'est pas mauvais pour relancer le débat sur l'avenir du Collège d'Alfred.
Tant qu'il y a des vaches, il y a de l'espoir...