Le spectacle Traces, des 7 doigts de la main.

Les Traces des 7 doigts de la main

Mais où sont-elles, les circassiennes ? Dans Traces, spectacle porté en piste par six hommes et une femme, la représentation féminine ne pèse pas lourd dans la balance.
« Et pourtant, Shana et moi sommes plutôt féministes », rétorque la metteure en scène et chorégraphe Gypsy Snider, une enfant de la balle devenue figure de proue du cirque contemporain. 
Avec Shana Carroll, seconde tête pensante des 7 doigts de la main, Gypsy Snider a mis sur pied, en 2006 cette production pluridisciplinaire qui mêle danse, musique et acrobaties ; la deuxième de l'illustre compagnie établie à Montréal.
« Toute l'essence de notre métier s'y trouve, les raisons pour lesquelles nous avons choisi cette voix-là aussi. Cette envie de laisser nos traces, dans l'espoir de partager un peu d'humanité avec le public », fait valoir la co-fondatrice.
Faut-il le rappeler, après avoir tourné sur les scènes internationales, comptabilisé plus de 1700 représentations, cumulé les lauriers aux États-Unis, en Australie, à Edimbourg et au Québec, Traces sera à l'affiche de la salle Odyssée le 1er avril prochain. Une ultime tournée au Québec et en Ontario. On peut rêver pire comme condamnation à perpétuité...
Pour assurer le rythme effréné des tournées, pallier les baisses de régime, voire les accidents de parcours, la distribution s'est étoffée depuis les premières représentations il y a huit ans. « À seulement cinq interprètes, ça devenait physiquement trop intense. Si l'un d'entre eux manquait à l'appel, la charge de travail devenait bien trop lourde à porter pour les autres. »
Il faut dire que le spectacle promet de ne pas ménager ses effets : cerceaux, trampoline, voltige, corde, planche sautoir... Lorsqu'il s'agit d'additionner des numéros spectaculaires comme des exploits dans la pure tradition du cirque, la troupe des 7 doigts de la main ne lésine pas sur les efforts physiques.
Le cirque et ses athlètes du coeur
Acrobatique et rapide, urbain et musical, Traces propose bien plus encore que du simple effet de muscles.
« Le cirque se présente toujours sous son jour le plus spectaculaire, analyse Gypsy Snider. Mais qui sont véritablement ces acrobates extraordinaires ? Ne seraient-ils pas comme tout le monde ? C'est aussi ce que nous voulions aborder dans le spectacle. »
Lorsqu'elles ont commencé à travailler sur sa création, Gypsy Snider et Shana Carroll ont imaginé un univers menacé par une catastrophe imminente. L'urgence de vivre pousse les personnages à s'exprimer par tous les moyens possibles, que ce soit par la musique, le chant ou la voltige.
Mais l'exploit pur ne saurait suffire à ces conteuses dans l'âme. Trouver la musicalité, le langage chorégraphique, la poésie du geste est l'une de leurs obsessions.
« J'ai réalisé, à l'écriture du spectacle, que ne présenter qu'une fille en scène parmi un club de gars permettait de mieux la mettre en valeur. La vedette, c'est donc elle ! » lance fièrement Gypsy Snider.
Et de renchérir : « Non seulement elle se tient acrobatiquement à part égale avec les gars, mais elle interprète trois numéros toute seule, ce qui n'est pas leur cas. Le jeu de pouvoir s'en trouve renversé : c'est à eux de se battre pour se faire remarquer. »
Gypsy Snider sait de quoi elle parle, elle fait partie de ces artistes nés dans une famille de cirque. Sa mère, chanteuse, s'occupait également des costumes, montait et démontait le décor, cuisinait, gérait les finances... « Ça demande une force inouïe pour s'imposer en tant que femme, dans un cirque. »
Elle prendra d'assaut la piste dès l'âge de quatre ans avant d'étudier à l'école de théâtre Dimitri, en Suisse, et de croiser ensuite la route du Cirque du Soleil avec qui elle partira en tournée deux ans et demi aux côtés de Shana Carroll.
« J'ai grandi avec cette idée que le spectacle prime sur le reste, quoi qu'il arrive the show must go on, comme on dit. »
Amener le cirque plus loin
Shana Carroll et Gypsy Snider se sont connues à San Francisco, alors que le père de la première, écrivain, rédigeait un livre sur le Pickle Family Circus, fondé il y a 50 ans par la famille Snider. « Elle passait beaucoup de temps au cirque, se souvient Gypsy Snider. J'ai commencé à lui enseigner le trapèze, elle avait 15 ans. »
Shana Carroll deviendra même trapéziste au sein de la troupe de sa coach. « Nous étions déjà toutes deux très intéressées à amener le cirque plus loin », témoigne Mme Snider. 
Les amies acrobates se retrouveront par la suite dans la distribution du spectacle Saltimbanco, du Cirque du Soleil. « Deux années et demi passées en tournée, à réfléchir sur la possibilité de créer nos spectacles », résume la co-fondatrice des 7 doigts de la main. La survie de ce nouveau projet tiendra au travail acharné de ses membres initiaux, « un miracle, quand on y pense ».
Il faudra attendre 2001 pour que le Conseil des arts et des lettres du Québec reconnaisse les arts du cirque comme une discipline artistique à part entière.
Le fabuleux destin des 7 doigts
Parallèlement à ses productions de cirque, la compagnie a développé un département d'événements spéciaux parmi lesquels figurent une participation au Royal Variety Performance pour la reine d'Angleterre, aux cérémonies des Jeux olympiques de Turin, de Vancouver... et de Sotchi. Cet hiver, le cofondateur de la troupe, Sébastien Soldevila, a conçu le premier tableau de la cérémonie d'ouverture des Jeux. « C'était un privilège de faire partie de cet événement phare dans l'excellence physique de l'être humain », a commenté Gypsy Snider.
Leur compagnie vient d'ailleurs d'acquérir l'ancien musée Juste pour Rire qui deviendra un centre de production et de création circassienne. En 2012, le ministère de la Culture du Québec avait annoncé une aide de 9 millions $ pour l'achat de ce bâtiment.