Les rois de l'arnaque

Si vous avez une adresse électronique, vous en avez sûrement reçus au cours des dernières années.
Je vous parle de ces courriels provenant de Dieu sait où et rédigés par Dieu sait qui, et dans lesquels on vous demande soit de l'argent, soit le numéro de votre compte de banque ou encore le numéro de votre carte de crédit.
L'auteur de ce courriel vous explique, par exemple, que son père, le roi d'un petit pays obscur d'Afrique, a été assassiné et qu'il (l'auteur) a hérité de millions de dollars. Il doit maintenant fuir son pays avant d'être le prochain de la famille royale à se faire tuer mais, pour ce faire, il doit d'abord déposer ses millions de dollars dans un compte de banque à l'extérieur de son pays. Et par pur hasard ou par une chance inouïe, c'est à vous qu'il écrit pour «emprunter» votre compte de banque afin qu'il puisse déposer sa fortune, en échange de quelques millions de dollars qu'il vous donnera à son arrivée au Canada.
Si vous tombez dans ce genre de piège, appelez-moi immédiatement, j'ai un terrain marécageux dans le sud de la Floride à vous vendre...
Mais parfois, «l'arnaqueur» virtuel, voire le voleur, est plus sournois. Plus habile, si on peut dire ainsi en parlant d'un crime.
Son courriel sera un peu plus personnel. Il vous demandera beaucoup moins d'argent, une somme de quelques centaines de dollars, peut-être un peu plus. Et il ne vous demandera pas le numéro de votre compte de banque ou encore celui de votre MasterCard, mais bien de l'argent comptant. Et toute de suite, à part ça. Ne prenez même pas le temps d'y réfléchir, votre «ami» est dans la merde jusqu'au cou et il a immédiatement besoin de vous, c'est-à-dire de votre argent.
J'ai reçu un de ces courriels hier. Ou pourriel, devrais-je dire. Et mon ordi Salomon, étant plus intelligent que moi, l'a automatiquement classé dans mes «courriels indésirables». Mais Salomon se trompe parfois. Rarement, mais ça lui arrive. Donc je vais toujours jeter un coup d'oeil dans cette liste de courriels mal-aimés, au cas où.
Voici en gros ce que l'auteure de ce pourriel rédigé en anglais me racontait :
La dame était dans le pétrin. Lors d'un voyage avec les siens, à Dublin, en Irlande, ils ont été attaqués et volés dans un parc tout près de leur hôtel. Ils ont tout perdu. Argent, cartes de crédit, téléphones cellulaires. Il ne leur reste que leurs passeports.
L'ambassade canadienne ne peut rien faire pour eux, poursuit-elle, et leur avion pour rentrer au Canada décolle dans 12 heures.
Le hic, c'est que le gérant de l'hôtel où ils séjournent ne les laisse pas quitter Dublin avant qu'ils acquittent leur facture qui s'élève à 1 850 euros (plus de 2 500 dollars canadiens). Elle m'écrit donc pour un prêt à cour terme qu'elle me remboursera dès son arrivée en sol canadien.
«Let me know if you can help», conclut-elle.
Bon. J'ai vite compris dès la première phrase de son courriel qu'il s'agissait d'une arnaque.
Mais là où j'ai sursauté, c'est en lisant le nom de l'auteure au-bas de la missive. C'était signé: Trèva Cousineau à Québec.
Je connais bien Trèva Cousineau. Elle est une grande dame de la francophonie ontarienne de la même trempe que Gisèle Lalonde et (feue) Claudette Boyer, pour ne nommer que ces deux Franco-Ontariennes.
Mais n'étant pas un ami personnel de Mme Cousineau, je sais fort bien que je ne suis pas le premier avec qui elle communiquerait pour obtenir de l'aide urgente. Et jamais elle ne m'écrirait un courriel en anglais, comme jamais elle ne signerait une lettre : «Trèva Cousineau À QUÉBEC».
Et je n'ai pas eu à me rendre à la signature de ce courriel pour comprendre que quelqu'un sans scrupule tentait de me voler.
Mais ce qui m'agace dans tout ça, ce qui m'inquiète même, c'est le fait que l'auteur de ce courriel - le vrai - ait choisi le nom peu commun de Trèva Cousineau pour tenter de m'arnaquer.
Où a-t-il pigé ce nom-là? Comment sait-il qu'on se connaît, Trèva et moi? Une pure coïncidence? Un de mes textes retrouvé sur le Web dans lequel je parle de Mme Cousineau?
Je ne sais pas. Et je crois que je ne le saurai jamais. Mais tout ce que je sais, c'est que ces arnaques commencent à être un peu trop personnelles à mon goût.
Avant, j'en riais de ces parties de pêche virtuelles aux «gros poissons». Mais maintenant, elles commencent à m'agacer. Too close to home, diraient les anglophones.
Et de savoir que certaines personnes se font prendre au piège par ces voleurs en ligne m'agace énormément.
Vous connaissez quelqu'un qui a été berné par ces voleurs invisibles? Avez-vous été vous-mêmes pris dans ce filet virtuel croyant de bonne foi que vous aidiez un proche ou une connaissance?
Si oui, et si vous voulez raconter votre expérience afin de prévenir les prochaines victimes potentielles, écrivez-moi. Et si vous voulez garder l'anonymat dans la chronique que j'écrirai sur votre témoignage, je n'y ai aucune objection. 
Vous pouvez me faire confiance.