Dans le rôle de l'infirmière Julie, Marilyn Castonguay est remarquable de finesse.

Les petits miracles de Miraculum

Un avertissement fataliste résonne dès l'ouverture de Miraculum, film choral réalisé par Podz sur un scénario de Gabriel Sabourin (Amsterdam): «La mort n'est pas injuste: elle est normale, nous dit Jéhovah!»
La phrase à saveur messianique est prononcée par Étienne (Xavier Dolan sans mèche folle, en costard cravate et les cheveux docilement plaqués), fidèle Témoin de ce culte dont les membres s'interdisent, par conviction religieuse, de donner ou recevoir du sang.
Le tableau prend tout son sens dans la scène suivante, lorsque le spectateur comprend que le jeune homme, malade, peut mourir à tout instant.
Inutilement. Donc, bêtement, sera-t-on tenté de juger.
Car c'est sa foi qui est mortelle, et non sa maladie, en réalité assez bénigne pour qu'un simple transfert de sang le rétablisse. Mais Étienne préfère crever plutôt que prendre le risque de se faire refouler aux portes du Paradis. Sa chérie, Julie, qui est également Témoin de Jéhovah, mais qui est aussi infirmière, a plus de mal à accepter la situation.
Dans ce rôle peu bavard, Marilyn Castonguay (L'Affaire Dumont, de Podz; Écume, avec le Théâtre du Trillium), est remarquable de finesse - certes aidée par ses grands yeux, où se confondent la naïveté, la douceur et la compassion nécessaires à asseoir la pureté du personnage.
On suivra en parallèle (ou presque, car certains éléments se croiseront nécessairement) le parcours de plusieurs brebis plus ou moins égarées. Celui des jeunes amants Raymond et Louise (Julien Poulin et Louise Turcot), qui partagent leurs caresses extatiques en catimini, mariés qu'ils sont à quelqu'un d'autre; celui d'un couple moins âgé mais plus abîmé (Anne Dorval en alcoolo dépressive et Robin Aubert en joueur compulsif); et celui d'un voyageur solitaire au bout du rouleau (Gabriel Sabourin), en mal de cash, qui traverse les frontières en faisant la mule et cherche visiblement à se faire pardonner quelque chose. Et chacun projette d'aller s'échouer sur les plages de Cuba ou d'ailleurs.
Doute existentiel, remords, scrupules: tout ce qui ronge l'âme est au coeur des quatre récits de Miraculum, dont la somme des parties finit par évoquer la grande loterie de la vie. Mais ici, comme dans le réel - par contraste aux récits hollywoodiens -, ce ne sont pas forcément les plus beaux ni les plus méritants qui emportent le pactole.
Le film arrive à faire planer les choses, en même temps qu'il plombe l'ambiance. Podz reste fidèle aux teintes gris-bleutées qui caractérisent son esthétique dramatique, mais, réalisateur autrement plus nerveux d'habitude, il manie sa caméra en douceur, dans l'économie de mouvements. Et «dans l'axe», pour mieux débusquer la vérité d'un quotidien qui serait banal, finalement, si on ne devinait pas qu'il s'agit, pour certains des personnages, d'une suite de «derniers moments» avant l'au-delà. Une série de hasards anodins, mais dont certains peuvent changer le cours d'une existence.
Les petits miracles de la vie relèvent-ils de la facétie, embûches éparpillées sur le chemin, façon tragédie grecque, par quelque grand Destin manipulateur? Tout dépend de l'interprétation qu'en fait le spectateur. Le scénario ne répondra pas à sa place, préférant laisser planer le doute, tout comme il laisse l'action avancer «en suspension»... en attendant une chute qu'on sait inéluctable: un crash d'avion n'a-t-il pas été évoqué, tôt dans le film?
Sans avoir l'inextricable complexité des «grands» films chorals (Magnolia, Crash, Babel, etc.), cette mosaïque arrive tout de même à contenir tous ses éléments en leur donnant profondeur et cohérence. Mais quand tout se met en place, les surprises qui devraient logiquement servir de colle «émotive» en jaillissant n'en sont plus vraiment. Du beau travail. Mais pas de miracle.
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Miraculum. De Podz.
Avec Anne Dorval, Julien Poulin, Marilyn Castonguay, Xavier Dolan et Gilbert Sicotte.
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