Les pétards de « crack alley »

Les résidents du coin l'appellent crack alley.
Il s'agit d'un petit mail qui relie la rue George à la rue Rideau, dans le marché By. Une courte allée bordée d'arbres où certains se réfugient pour consommer de la drogue à l'abri des regards.
En fait, tout ce secteur de la rue George où se trouve l'Armée du salut, tout près de la rue Cumberland, est envahi quotidiennement par des itinérants, des sans-abri et des écorchés de la vie.
Je suis resté à peine cinq minutes sur crack alley hier matin. Et trois itinérants m'ont demandé de l'argent durant ces cinq minutes. Ça vous donne une idée...
Robert Guertin (ne pas confondre avec l'aréna) habite depuis plusieurs années un magnifique édifice à condos, voisin du crack alley. Un luxueux édifice qui jure dans le décor.
M. Guertin a déposé d'innombrables plaintes auprès de la Ville d'Ottawa au sujet de ce mail peu invitant. Tout comme l'association des propriétaires de condo de cet édifice l'a fait à maintes reprises. Mais rien ne bouge, dit-il. Rien ne change.
« J'ai déjà rencontré le conseiller municipal Mathieu Fleury au sujet des vendeurs de drogue dans cette allée, affirme M. Guertin. Mais la solution de la ville a été de raser trois ou quatre pins vieux de plus de 25 ans qui étaient situés devant cette allée pour les remplacer par des places de stationnement. C'est à n'y rien comprendre. Et c'est frustrant. Ces gens ont besoin d'aide, ils ont besoin de soins. Mais il n'y a nulle part où ils peuvent aller. On les laisse dans la rue et on ferme les yeux. »
Dans notre édition du lundi 23 juin dernier, un texte publié en page 9 était intitulé : « Une fusillade fait un blessé à Ottawa ». Un homme âgé de 24 ans a été atteint par deux balles, une dans chaque cuisse, apprenait-on. Une affaire de gangs de rue, semble-t-il. Et où cette fusillade a-t-elle eu lieu ? C'est ça. Tout près du crack alley.
Robert Guertin a entendu les coups de feu, cette nuit-là. « Je pensais que c'était des pétards, dit-il. Mais en lisant ce texte, je me suis rendu compte que ce n'était pas le bruit de pétards, mais bien une fusillade.
Et ce n'est pas la première fois qu'on entend des « pétards » dans ce coin-ci. C'est chose courante les week-ends. »
Donc après avoir lu ce texte, M. Guertin a appelé la Police d'Ottawa. Mais pas pour se plaindre, cette fois, mais bien pour partager l'information qu'il détenait - si peu soit elle - sur cette fusillade.
Il a donc appelé en bon citoyen le numéro de l'unité gangs & drugs, mais personne ne pouvait lui parler en français à cet endroit.
« On m'a dit, en anglais, de laisser un message en français à l'assistante du chef de police, affirme M. Guertin. Ce que j'ai fait, à deux reprises, en m'assurant de laisser mon nom et mon numéro de téléphone. Mais là, je ne voulais pas seulement parler de la fusillade, mais aussi du fait qu'on est incapable de se faire servir en français. J'ai donc laissé deux messages. Il y a un peu plus d'une semaine de ça, et j'attends toujours un retour d'appel. »
La belle affaire.
Et si les informations qu'il détenait sur cette fusillade avaient été cruciales ? À qui les aurait-il fournies ? Qui l'aurait écouté ?  Mais oublions le manque de services en français un instant.
Que se passe-t-il à la Ville d'Ottawa ? Un résident de la Basse-Ville affirme depuis des lunes que d'entendre « des pétards » dans ce quartier les week-ends est chose courante.
Juste cette déclaration devrait sonner une cloche en quelque part, non ?
Il semble que non. Pour « nettoyer » ce quartier, on coupe plutôt des arbres...
Le tricycle de Basile - la suite
Votre générosité, chers lecteurs et chères lectrices, m'a encore une fois jeté en bas de ma chaise.
Je vous ai parlé la semaine dernière de Basile Graveline, un Vaniérois de 65 ans légèrement handicapé qui s'est fait voler son tricycle pour adulte. Et sans son moyen de transport, Basile ne pouvait plus rendre service à ses voisins âgés qui comptent sur lui, ou encore accomplir quelques tâches pour la banque alimentaire Partage Vanier, où il est bénévole trois jours par semaine.
Son histoire vous a touché au coeur.
Et dans les jours qui ont suivi, le collègue de Basile, Alain Poirier, a reçu des dizaines d'appels de lecteurs et lectrices du Droit voulant aider.
Aux dernières nouvelles, on avait offert à Basile deux dons d'un tricycle usagé, trois personnes ont offert de lui acheter un tricycle flambant neuf, et plus de vingt personnes avaient appelé pour offrir un don en argent. Et une voisine de Basile lui a offert d'entreposer son prochain tricycle dans son garage où il sera à l'abri des voleurs.
Finalement, c'est chez un résident d'Aylmer qu'Alain Poirier est allé cueillir un tricycle neuf, le week-end dernier. Et les bénévoles de Partage Vanier ont surpris Basile hier matin avec ce généreux cadeau. La photo vaut mille mots...
De la part de Basile, chers lecteurs, chères lectrices : merci.