Les Ombres longues, d'Antoine Corriveau

Les ombres longues d'Antoine Corriveau est hypnotique.
Avant, le jeune homme faisait du folk, et plutôt bon (St-Maurice/Logan). Là, il met sa voix rauque et souffreteuse au service d'un Nouveau vocabulaire, plus ténébreux.
À force de battre la poussière pour des pinottes, à force de se triturer les idées noires, il a exhumé un Nick Cave de ses tripes. Noir, le livret, sombre le contenu. La nuit lui traverse le corps et les cordes. Ça donne des grooves denses et traînards, un rock goudronneux où les images titubent entre les violoncelles, cor français et harmonica venus, par sympathie, répandre leur aube sur les mélodies nocturnes des guitares. Printemps, printemps sent la sueur, le vomi et la transmutation; on a l'impression d'entendre un Jean Leloup jeune et atrabilaire. Pour Corriveau, la ville est un chien qui mord et la nature se résume à un arbre crevé ou un lac gelé (l'extrait Noyer le poisson, magnifique).
Nicolas Grou est à la réalisation. À surveiller, lui aussi.