La campagne électorale est bien lancée. Les pancartes qui pullulent déjà en témoignent.

Les enchères électorales

De quoi va-t-on parler lors de ces élections? De santé, c'est sûr. De la charte des valeurs. Mais aussi de souveraineté, un sujet que Pauline Marois a soigneusement évité dans son discours d'hier matin.
Si les candidats péquistes de l'Outaouais tentent d'esquiver le sujet durant la campagne, vous pouvez être sûrs que les libéraux vont se charger de le mettre en évidence.
La question de l'indépendance a été un peu reléguée à l'arrière-plan durant l'élection de 2012, entre autres parce que la perspective d'un gouvernement minoritaire péquiste rendait peu probable la tenue d'un référendum.
Les choses sont différentes cette fois-ci. Pauline Marois caracole en tête des intentions de vote et la formation d'un gouvernement majoritaire du PQ s'inscrit dans le domaine du possible. Vous pouvez être sûrs que les libéraux vont brandir la menace d'un référendum, une stratégie efficace pour engranger des votes dans une terre fédéraliste comme l'Outaouais.
L'autre différence par rapport à l'élection provinciale de 2012, c'est la débandade de la Coalition avenir Québec. Le parti de François Legault a visiblement renoncé à présenter des candidatures de poids en Outaouais. Interviewé à l'émission de Roch Cholette, le candidat caquiste parachuté dans Gatineau s'est montré incapable de nommer le maire de Maniwaki, pourtant le chef-lieu du comté. Pas très sérieux tout ça.
Ailleurs au Québec, c'est surtout le PQ de Pauline Marois qui pourrait profiter de la déconfiture de la CAQ pour reconquérir des comtés dans la région de Montréal et en Mauricie. La situation est différente en Outaouais, où les succès passés de la CAQ ont surtout nui aux libéraux. On peut présumer que ce sont eux qui rallieront le plus de caquistes déçus.
S'il y a une surprise en Outaouais, ce sera sûrement dans la circonscription de Papineau. Le péquiste Jean-François Primeau a bien failli y remporter une victoire inattendue en 2012. En avance toute la soirée sur le libéral Alexandre Iracà, il s'est fait coiffer au fil d'arrivée par 167 voix...
Pourra-t-il répéter l'exploit 18 mois plus tard?
J'ai eu beau chercher dans les articles de presse, je n'ai vu nulle part que le comté de Papineau figurait dans la liste des comtés jugés prenables par le PQ. Un oubli, sans doute.
Parce qu'il y a des signes qui ne mentent pas. Pauline Marois a pris le temps de faire un arrêt à un rassemblement partisan dans Papineau, la semaine dernière, pour galvaniser les militants. La veille, le chef libéral Philippe Couillard visitait aussi ses troupes dans le comté.
Ça vaut ce que ça vaut, c'est-à-dire pas grand-chose, mais le site prévisionniste ThreeHundredEight.com donnait hier une mince avance à Jean-François Primeau sur son rival libéral.
Mais bon, il reste encore 32 jours avant le scrutin du 7 avril.
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Même si on a parfois l'impression que les jeux sont faits d'avance dans une région comme l'Outaouais, qui vote libéral depuis des décennies, les campagnes électorales ne sont pas inutiles.
Je ne sais pas si vous l'avez remarqué, mais toutes sortes de groupes d'intérêt s'activent en coulisses ces dernières semaines pour s'assurer que certains enjeux soient discutés en campagne électorale. L'idée, c'est de forcer les candidats à prendre des engagements.
Et ça marche.
Pas plus tard que la semaine dernière, le chef libéral Philippe Couillard s'est engagé à octroyer un statut particulier à l'Outaouais en matière d'éducation. L'objectif est de rapatrier une partie des étudiants québécois qui vont chercher leur diplôme en Ontario. Les pressions exercées par l'Alliance pour la cause de l'enseignement supérieur de l'Outaouais, une coalition présidée par le directeur général du Cégep de l'Outaouais, Frédéric Poulin, ne sont sans doute pas étrangères à cette prise de position.
Les pressions se multiplient également pour forcer les chefs à se compromettre en faveur de la création d'une faculté de médecine satellite en Outaouais. Pauline Marois a dit la semaine dernière qu'elle étudiait ce scénario de près, mais sans s'avancer davantage. Qui dit mieux? J'ai bien hâte d'entendre les engagements de Philippe Couillard sur cette question.
Les enchères sont lancées.