Tour à tour journaliste, chroniqueur et cinéaste, Carl Leblanc s'est lancé en littérature en 2006.

Les coïncidences fructueuses de Carl Leblanc

Il n'est nullement question de banane, de fraise ou de pamplemousse dans cet ouvrage nébuleusement intitulé Fruits. Il faudrait ajouter «du hasard», précise l'écrivain et documentariste Carl Leblanc au sujet de ce petit livre qu'il vient de publier chez XYZ éditeur, une chronique des meilleures coïncidences qui jalonnèrent sa vie.
«C'est presque trop beau», se dit-on à la lecture de certains passages - une rencontre fortuite avec Marcello Mastroianni, à Paris, au moment même où l'auteur pensait justement au héros des Yeux noirs, une autre à Montréal avec le chanteur Daniel Bélanger dont la musique joue alors sur son iPod - et la liste serait longue à dérouler pour donner une juste mesure de cette ivresse des événements fortuits que porte Fruits.
«Tout est vrai, seuls quelques noms ont été changés», assure le principal intéressé, invité d'honneur au Salon du livre de l'Outaouais.
Tour à tour journaliste, chroniqueur et cinéaste, Carl Leblanc s'est lancé en littérature avec Le personnage secondaire, une publication de 2006 chez Boréal, avant de signer Artéfact en 2012, roman finaliste au Prix littéraire des collégiens 2014 et pour lequel il a rencontré les élèves du Cégep de l'Outaouais plus tôt cette semaine.
Fruits, son troisième ouvrage, chemine en zigzags et digressions, anecdotes et courts récits en quête d'une chute que l'on imagine toujours plus rocambolesque, toujours plus improbable.
«Le hasard est le plus grand romancier du monde», affirmait Balzac.
«Une coïncidence, c'est aussi une occasion de réfléchir, ajoute Carl Leblanc. En faisant le récit d'un événement passé, on se place sur le mode de la réminiscence, on prend donc le temps de le percevoir différemment.»
En s'intéressant ainsi au hasard, ce joyeux bric-à-brac qui désordonne nos vies, l'auteur s'oppose à ce déterminisme et à ce rationalisme qui caractérisent notre époque et lui ôtent toute dimension d'aventure. À ce sujet, Carl Leblanc n'hésite pas à qualifier de «geôle» nos train-trains quotidiens, ne lésinant pas sur certaines analogies au risque de nous faire bondir, nous, «pauvres réfugiés que nous sommes, parqués dans les camps de la routine et du probable». Mais encore ? se demande le lecteur, dubitatif.
On devine qu'il s'agit surtout de prendre la vie comme elle vient, avec sa part d'imprévu; se mettre en état de saisir la chance qui passe, quitte à la provoquer un peu; ouvrir ses yeux et ses oreilles... Vivre avec ferveur, tout simplement?
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Fruits, de Carl Leblanc, Les Éditions XYZ, 160 pages