Tant du côté des hommes que des femmes, la possibilité de voir et toucher sa tendre moitié permet d'abaisser les tensions et de fuir le dur et aride milieu carcéral, surtout à l'approche de la Saint-Valentin.

Les coeurs derrière les barreaux

L'amour en prison existe. Les détenus le vivent dans des roulottes, à distance, par procuration ou par circonstance, et parfois entre eux.
«La Saint-Valentin est émotivement moins chargée que Noël», explique Geneviève Fortin, ex-détenue et intervenante chargée de projet de Continuité-famille, un organisme d'aide aux femmes en milieu carcéral.
Selon les sexes, les relations amoureuses sont vues et vécues différemment derrière les barreaux.
«En prison, les femmes vont chercher du réconfort, de la tendresse et de la douceur. Vivre une relation avec une autre détenue, ça se voit et c'est sain, poursuit l'intervenante. À l'intérieur, des couples se forment. On parle d'amitié et d'amour de circonstance. Ce n'est pas tant des homosexuelles, mais avec les années, elles vont se lier avec des femmes. En sortant, elles reprennent le genre de relation qu'elles avaient auparavant, souvent avec un homme.»
Tant du côté des hommes que des femmes, la possibilité de voir et de toucher son conjoint permet d'abaisser les tensions et de fuir quelques instants le dur et aride milieu carcéral. Les pénitenciers fédéraux mettent des roulottes à la disposition des détenus qui souhaitent passer un moment intime avec leur conjoint et leur famille. Les couples peuvent se réunir pendant quelques heures. À l'approche de la Saint-Valentin, il faut réserver tôt pour avoir une place dans une roulotte le 14 février venu.
Dans les établissements provinciaux, comme la prison de Gatineau, ce genre de ressource n'existe pas. «Dans le meilleur des cas, les détenus du système provincial peuvent rencontrer leur conjoint ou leur conjointe dans un parloir à peine isolé, à travers une vitre, ou dans une salle commune surveillée», dit le coordonnateur de Alter-Justice, Éric Bélisle. «Prendre la main du conjoint ou donner un bec, c'est le mieux qui peut se produire en milieu carcéral provincial», précise-t-il. Selon M. Bélisle, les prisons pour femmes rendent les visites familiales plus faciles. «Probablement à cause de la sensibilité envers le rôle de mère.»
Des relations parfois taboues
Alors que des femmes se lient d'affection et d'amour avec des codétenues, la chose est plus taboue dans les prisons d'hommes. «Chez les hommes, c'est mal vu, dit Mme Fortin. Ils peuvent vivre l'intimidation. Deux femmes qui se tiennent la main, entre détenues, ce n'est pas mal vu. C'est tout le contraire dans les prisons pour hommes.»
Les femmes sont enclines à organiser des soupers à la chandelle, sur permission, à la Saint-Valentin. Des soirées d'échange de cartes ou des parties de bingo sont organisées.
Il existe aussi, dans de rares exceptions, que l'amour éclate entre un agent correctionnel et une détenue, selon Mme Fortin. «Des cas existent. Le gardien ou la gardienne doit démissionner ou être transféré.»
L'amour est mis à dure épreuve par le système carcéral, souvent synonyme de séparation des couples et d'éloignement des familles, poursuit M. Bélisle. Aux droits de visite limités, on ajoute la difficulté pour les nouveaux couples de prouver leur légitimité. La reconnaissance des conjoints non mariés est plus difficile à obtenir. «Un détenu qui a une blonde depuis six mois peut ne pas être en mesure de prouver qu'il est en couple. Les agents correctionnels ne laissent pas entrer la première venue.»