Le cofondateur et président directeur-général de Facebook, Mark Zuckerberg.

Les campagnes se joueront sur Facebook

Qu'ils le veuillent ou non, les candidats à la mairie de Gatineau doivent se mettre à l'heure du réseautage par Internet pour faire passer leur message.
C'est du moins ce que leur suggère Luc Dupont, professeur au département de communication de l'Université d'Ottawa. Et pour cause, «des sites comme Facebook vont toucher des gens qui sont le plus souvent des leaders d'opinion», explique-t-il.
 
Jeudi dernier, le candidat Aurèle Desjardins a été le premier à afficher ses couleurs sur le cyberespace, via les sites de réseautage Facebook et de partage vidéo YouTube. Un groupe exhortant le maire sortant Marc Bureau à défendre son titre a également vu le jour sur Facebook.
Facebook est l'un des 10 sites les plus visités par les internautes québécois. Selon un récent sondage Ipsos, le site de réseautage compterait près de 1,5 million de membres dans la province. Une véritable mine d'or pour les politiciens.
Ingrédient important
M. Dupont estime que la notion de «réseau social» qui est à la base de Facebook est aussi un ingrédient important d'une bonne campagne électorale. «C'est un excellent moyen pour les politiciens d'aller chercher les électeurs et de les tenir informés», dit-il.
«Internet permet aux politiciens de rejoindre les gens là où ils sont, c'est-à-dire devant leur ordinateur», de remarquer le professeur. Il y a 60 ans, des politiciens comme Maurice Duplessis pouvaient serrer plus de 10 000 mains durant une campagne électorale. Aujourd'hui, avec sa page personnelle sur Facebook, le chef néo-démocrate Jack Layton rejoint plus de 28 000 «amis» en tout temps.
Selon M. Dupont, Facebook a révélé toute son utilité politique l'an dernier, pendant la campagne présidentielle américaine. À lui seul, le président Barack Obama y a rejoint plus de 5 millions «d'amis».
L'échec de la coalition
Au Canada, M. Dupont est d'avis que Facebook a joué un rôle décisif dans l'échec d'une coalition entre les libéraux fédéraux et les néo-démocrates pour renverser le gouvernement conservateur minoritaire. Le principal groupe en défaveur de la coalition a hébergé plus de 160 000 membres, alors que les quatre principaux groupes pro-coalition ont eu peine à réunir ensemble 15 000 appuis.
«Les politiciens aujourd'hui sont devenus de véritables marques de commerce», soutient Luc Dupont. Et règle élémentaire du marketing, ils doivent se faire connaître pour que les électeurs adhèrent à leurs idées. Alors pour la gente politique, l'avènement de Facebook ne pouvait pas mieux tomber.
Par exemple, le profil personnel de M. Desjardins nous dit que le conseiller du district du Lac-Beauchamp est un adepte du cyclisme et qu'il aime le groupe Harmonium ainsi que le film Forrest Gump.
En revanche, Facebook présente aussi un danger de taille pour les politiciens. «Ils n'ont pas de contrôle sur la réaction des internautes», admet M. Dupont, ajoutant que certains forums de discussion prennent parfois l'allure d'une «toilette publique».
Aurèle Desjardins n'y échappe pas. «C'est un chaud lapin !», pouvait-on lire hier sur le forum du groupe «J'appuie Aurèle Desjardins à la mairie de Gatineau». Créé jeudi dernier par l'équipe du candidat, le groupe comptait déjà hier plus de 140 membres.
Luc Dupont est convaincu que Facebook est l'outil de l'heure en politique. «Être sur Facebook, c'est dire qu'on est moderne et qu'on est capable de rejoindre massivement les jeunes. Et ça, les politiciens aiment ça», conclut-il.
fpdufault@ledroit.com