Leo: théâtre et cirque, tête bêche

Du cirque traditionnel, le numéro de magie ou de prestidigitation a décampé pour investir les scènes contemporaines. La femme découpée en tranches et miraculée, la colombe sortie d'un chapeau ont cédé place à des jeux d'illusions et d'optique, des manipulations du réel et autres détournements d'images que la boîte noire du théâtre intensifie.
Dans Leo, performance circo-théâtrale qui plantera son décor au Centre des arts Shenkman les 21 mars (à 20h) et 22 mars (à 15h), l'art de l'illusion déjoue les lois de la gravité: on découvre l'histoire de cet homme, seul avec sa valise, qui s'aperçoit que la gravité a disparu. D'abord déboussolé, il apprivoise peu à peu l'apesanteur et finit par s'en jouer.
Le Théâtre de la Catapulte et le MIFO se réunissent pour faire venir ce spectacle hybride devenu succès populaire applaudi dans le monde entier et reconnu par le prestigieux prix Best of Edinburgh 2011 lors du Festival Fringe, en Écosse.
Le rôle-titre, initialement incarné et inventé par Tobias Wegner, a été confié à l'interprète William Bonnet.
Acrobaties et poésie
«Partant d'un personnage et d'une caméra inversée sur scène, où peut-on aller?» s'est questionné le metteur en scène Daniel Brière, lorsque la compagnie allemande Circle of Eleven l'invite à Berlin créer un spectacle d'une heure environ à partir d'un numéro de cirque de cinq minutes.
«Je viens du théâtre, et notre premier réflexe consiste à parler pour montrer, analyse Daniel Brière. Comme il y avait la barrière de la langue au sein de l'équipe, plutôt que de nommer, j'ai orienté le spectacle vers une dramaturgie silencieuse.»
Au cours d'une résidence d'un an et demi entre Berlin et Montréal, au Nouveau Théâtre expérimental qu'il co-dirige, M. Brière prend le temps de peaufiner une mise en scène dépouillée de toute parole, d'explorer des chemins de traverse, de remettre en question les contours de sa pratique.
«Nous n'avions pas de contrainte de temps, ce qui est rarissime dans le milieu de la création artistique, fait-il remarquer. Je n'aurais jamais pu monter un tel spectacle entièrement à Montréal.» Et de renchérir, exemple à l'appui: «Si nous avions besoin de plus de temps de préparation, il suffisait de le demander et le financement suivait. Nous avions le luxe de pouvoir être maniaques et de retravailler le jeu dans les moindres détails ; il en résulte un spectacle d'une grande précision.»
Il imagine donc un espace «sans trampoline, bascule ou sautoir», une simple boîte où évoluerait l'acteur solo dans un jeu éminemment acrobatique. Une pièce pour un personnage, une valise, d'une apparente simplicité mais qui revendiquerait aussi une certaine «expérience poétique du monde» grâce à un outillage sophistiqué.
Sur scène, un dispositif paré à toutes les distorsions du réel invite au voyage imaginaire. Tout est là pour mieux tordre, en douceur, la perception du spectateur... Mais chut, on n'en dit pas plus, le mieux est d'aller voir cela de ses propres yeux. À partir de 12 ans.