La chanteuse Alejandra Ribera.

Le voyage musical d'Alejandra Ribera

Le port d'un petit village côtier. Un phare. L'horizon, tantôt perdu dans le brouillard, tantôt dégagé par les vents. Et une barque voguant entre large et rivage. Ces images sont à la base des atmosphères de La Boca, deuxième opus de l'auteure-compositrice-interprète Alejandra Ribera, dont la voix devient le vaisseau grâce auquel l'artiste de 31 ans mène l'auditeur par monts et par vaux, au coeur de son univers musical.
Entre l'Argentine de son père et l'Écosse de sa mère, la native de Toronto et Montréalaise d'adoption continue aujourd'hui de voyager, peignant de ses notes et de ses mots des pays(ages) hybrides où les grands espaces battus par les marées et la pluie cohabitent avec des rythmes éclatant de vie et de soleil. Où ses (é)mouvances les plus intimes, qu'elle livre en anglais, en espagnol, voire en français (avec Arthur H, sur Un cygne la nuit, traduit par Jim Corcoran), font écho à ses nombreux déménagements entre le Nord et le Sud, entre l'Amérique et l'Europe. Où elle cherche la lumière , celle de Perséphone, celle de la Lune ou celle cachée dans le ventre d'une baleine.
« Je me sens à la maison dans ma réalité d'étrangère. Cela fait de moi quelqu'un qui observe et écoute beaucoup, quand j'arrive dans une nouvelle ville », raconte-t-elle.
C'est en compagnie du réalisateur Jean Massicotte qu'Alejandra Ribera a choisi de plonger dans l'aventure de mener à bon port son deuxième album (en magasins mardi). Elle était « entrée en contact » avec lui pour la première fois en écoutant The Living Road de Lhasa de Sela (2003), La Forêt des mal-aimés de Pierre Lapointe et Close To Paradise de Patrick Watson (2006).
« Il s'agissait de mes trois albums préférés en provenance du Québec... J'ai ensuite mis trois ans avant de me sentir prête à travailler avec lui », relate celle qui, pour les besoins de sa cause, a décidé de rentrer d'Espagne pour s'installer à Montréal, il y a un peu moins de deux ans.
Une fois réuni, le tandem a pris son temps : celui qui allait permettre aux pièces de La Boca de trouver leur souffle et leur espace, et d'atterrir dans les bacs des disquaires quelque trois ans après Navigator, Navigather (2009).
« La voix s'apparente à une créature mystérieuse, spirituelle. Je la laisse donc faire écho à ce qui vibre en moi, sans chercher à analyser ce qui se passe en moi quand je chante. Cela relève d'un endroit sacré où je peux mettre mon cerveau à off et me brancher sur mes seuls instincts pour transmettre ce qui m'habite. Et Jean a su créer les environnements propices à faire exister ma voix. »
Si Alejandra Ribera s'exprime principalement en anglais, elle renoue néanmoins avec sa langue paternelle pour ses pièces les plus personnelles (No me sigas, Cien lunas, Relojes).
« Je parlais couramment espagnol, enfant. J'ai tout perdu et dû réapprendre la langue auprès de mon parrain, lors de mon séjour en Espagne... Curieusement, c'est en espagnol, qui exige de ma part plus de travail, que je me sens le plus à l'aise d'exprimer mes peines intimes. J'ai alors la distance nécessaire pour y parvenir, ce qui me serait impossible en anglais, trop proche de mon quotidien. »
Une distance du coeur qu'elle a d'ailleurs bien connue, à déménager et voyager autant.
« Je me souviens qu'à l'âge de deux ans, ma grand-mère m'a fait comprendre que même en Argentine, où je m'en allais avec mes parents, je verrais la même Lune qu'elle à Toronto. Ça m'avait réconfortée... J'ai écrit Cien lunas en pensant à cette promesse d'un ciel partagé malgré l'absence, à l'amour quand on vit loin de l'autre. Cette fois, j'étais sur une terrasse espagnole, après une rupture particulièrement douloureuse... »
La prochaine fois, elle sera peut-être dans un bistro parisien ou dans un pub de Glasgow. « Je suis habitée par un besoin d'explorer différents espaces et lieux pour y créer, tiraillée entre l'urgence d'écrire et de composer seule dans mon coin et celle de monter sur une scène pour partager le résultat avec les gens. Je ne suis pas à une drôle de contradiction près ! » lance Alejandra Ribera.