Le virus de l'écoeurantite aiguë

Si vous habitez Gatineau, attendez donc encore trois ans avant de tomber malade. Faites du sport, surveillez votre alimentation, cessez de fumer... Bref, tenez-vous loin des urgences!
Je déconne un peu, bien sûr. Pour vous dire que trois ans, c'est le temps qu'il faudra pour désengorger les urgences des deux hôpitaux de Gatineau. Et pour faire le plein de médecins de famille en Outaouais, selon ce qu'on nous a dit hier.
Une fois l'an, le CSSS de Gatineau convoque la presse pour faire le point sur la situation dans les urgences. C'est, bien sûr, un exercice de relations publiques. On veut démontrer à la population qu'elle n'est pas abandonnée à elle-même et que les autorités cherchent des solutions pour réduire les heures d'attente interminables dans les urgences.
C'est que le risque est grand de voir la population perdre confiance dans son système de santé.
On nous disait hier qu'environ 20% des patients qui se présentent à une urgence de Gatineau partent sans avoir été vus par un médecin.
Autrement dit, un patient sur cinq qui se présente à l'urgence attrape le virus de l'écoeurantite aiguë...
On ne parle pas de gens très malades, heureusement, bien qu'une partie des patients qui se découragent ont intérêt à être vus par un médecin dans les 24 heures suivant leur admission.
On nous dit aussi que ce phénomène de découragement n'est pas exclusif à Gatineau, bien qu'il soit «très criant» ici du fait de la pénurie de médecins en première ligne.
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Bref, on nous a servi hier matin tout un coquetel de statistiques, de tableaux et de données sur l'état des urgences des hôpitaux de Gatineau et de Hull.
Pour nous dire en gros ceci: la situation s'améliore. Pas vite, mais ça progresse. Et ça devrait continuer de progresser au cours des prochaines années. C'est qu'il se passe des choses actuellement qui font que ça ne peut pas faire autrement que d'aller mieux.
C'est même «mathématique», a insisté le directeur général du CSSS de Gatineau, Denis Beaudoin.
Faites le calcul: il manque entre 100 et 150 médecins de famille en Outaouais. Chaque année, la région en accueille 30 nouveaux. Soustrayez les vieux médecins qui partent à la retraite, ajoutez les diplômés de la nouvelle faculté de médecine de l'UQO qui doit ouvrir en 2016... et le compte est bon. Fini la pénurie.
J'oubliais d'ajouter la nouvelle polyclinique, ouverte 24 heures par jour, sept jours par semaine, promise par les libéraux pendant la campagne électorale.
Le problème des urgences n'est pas difficile à comprendre.
La grosse, grosse majorité des patients qui s'y présentent - 65% en fait - n'ont pas d'affaires là. Le problème, c'est que la moitié des patients qui n'ont pas d'affaires là n'ont pas de médecin de famille. Alors, il faut bien les traiter à l'urgence en attendant.
On nous dit que l'attente dans les urgences va se résorber au fur et à mesure que de nouveaux groupes de médecine familiale vont se former en Outaouais. «D'ici trois ans, je suis confiant que les groupes de médecine familiale vont fonctionner à full pine et que tout le monde va avoir un médecin de famille», s'est avancé Bruno Bonneville, président du conseil d'administration du CSSS de Gatineau.
Trois ans, donc.
J'imagine le patient qui lit cette chronique dans la salle d'attente d'un des deux hôpitaux de Gatineau.
Appelons-le Fernand, disons. Il attend son tour depuis sixheures, assis sur sa chaise en plastique.
Je vois Fernand se lever de son siège et dire quelque chose. Qu'est-ce que tu dis, Fernand?
Que t'es sceptique de voir tout ça se régler en trois ans?
Comme je te comprends, Fernand.