Michel Leclair a été honoré, la semaine dernière, par l'Association canadienne de l'industrie touristique, qui lui a décerné le Prix de la nouvelle entreprise de l'année 2009.
Michel Leclair a été honoré, la semaine dernière, par l'Association canadienne de l'industrie touristique, qui lui a décerné le Prix de la nouvelle entreprise de l'année 2009.

Le trappeur amoureux des castors

Charles Thériault
Charles Thériault
Le Droit
Après un parcours peu habituel, Michel Leclair a trouvé une cause importante à défendre : celle des castors du parc de la Gatineau qui jouent un rôle important dans leur environnement. LeDroit et Radio-Canada honorent son travail en lui remettant le titre de Personnalité de la semaine.
Michel Leclair a consacré sa vie au contrôle des castors et toutes les connaissances acquises au fil des ans lui ont aidé à monter le projet Éco-Odyssée.
 
Trappeur professionnel depuis plusieurs années, Michel Leclair a été honoré, la semaine dernière, par l'Association canadienne de l'industrie touristique, qui lui a décerné le Prix de la nouvelle entreprise de l'année 2009. Son entreprise, Éco-Odyssée, a attiré 6000 visiteurs cette année.
Éco-Odyssée est un labyrinthe construit dans un marais, à La Pêche, près de la station de ski Edelweiss. Les visiteurs explorent le labyrinthe d'eau de 6,5 kilomètres de longueur et 64 intersections, en pédalo. L'exploration du labyrinthe prend la forme d'un rallye puisque les gens peuvent partir avec un questionnaire qu'ils doivent remplir en trouvant des indices tout au long de leur promenade. En cours de route, ils peuvent rencontrer des castors, des rats musqués, des canards et plusieurs variétés d'oiseaux.
Michel Leclair est aussi le grand responsable de la gestion des populations de castors dans le parc de la Gatineau et dans plusieurs municipalités de la région.
Un gars de la ville
Originaire de Longueuil, M.Leclair a grandi en milieu urbain et rien ne le destinait à devenir trappeur, mais il aimait beaucoup la pêche. «Je vivais assez près du fleuve Saint-Laurent et j'allais souvent à la pêche mais je n'avais jamais chassé. Mais j'avais la forêt en moi. Je suis un décrocheur. Je n'ai pas terminé mon Secondaire III et j'ai travaillé un peu avant de partir pour la Colombie-Britannique, à 20 ans. J'ai travaillé dans une manufacture de plywood (contreplaqué). Lorsque je suis revenu au Québec, j'ai traversé le pays en motocyclette et j'ai subi un accident qui m'a forcé à l'inactivité durant plusieurs mois. Mais je savais que je ne voulais pas revenir vivre en ville. La forêt m'attirait», raconte M.Leclair.
De retour au Québec, on lui offre un poste de gardien dans un club privé de chasse et de pêche, au sud de Parent. À cette époque, les clubs privés existaient encore. Ils ont été abolis et remplacés par les Zones d'exploitation contrôlées (ZEC) en 1978. Il est donc allé s'installer en forêt avec sa copine et il y a passé plusieurs mois. «Je ne connaissais rien à la chasse mais j'étais bien dans le bois et je me suis vite adapté. J'ai participé à une première expédition de chasse à l'orignal dans la Réserve faunique de La Vérendrye. À cette époque, un cours de guide de chasse et pêche se donnait à Maniwaki et je suis devenu trappeur», ajoute-t-il.
Son travail l'a amené à chasser les loups et les coyotes à la suite de plaintes d'agriculteurs mais souvent, les chiens errants étaient les pires prédateurs, a-t-il observé. «Parfois, les chiens des fermiers se joignaient aux chiens errants pour faire des ravages. Je suivais les pistes et elles me menaient directement aux maisons des gens du voisinage. Alors j'avertissais les gens de ne pas laisser les chiens en liberté», se souvient Michel Leclair.
Toutes ces expériences de chasse, de trappage et de contrôle des animaux, l'ont amené à entrer au service du parc de la Gatineau, vers 1978. Le parc de la Gatineau abrite quelque 1300 castors et leur présence cause parfois bien des soucis. Ils peuvent inonder des chemins, des terrains privés et détruire des sentiers lorsqu'ils construisent des barrages un peu partout. Disparus du territoire à la fin du xixesiècle après trois siècles de chasse intensive, les castors ont été réintroduits dans le parc de la Gatineau au courant des années 1940. Ils se sont rapidement adaptés et se sont reproduits dans cet environnement favorable.
Le castor
«Le castor est la pierre angulaire de la vie dans la nature. Le castor est le seul animal à créer son habitat. Lorsqu'il construit ses barrages, il créé un étang qui donne de la nourriture aux autres animaux, notamment les oiseaux. Le retour des castors a entraîné le retour de nombreuses espèces animales. Malheureusement, durant de nombreuses années, on a construit des routes et des villages sans tenir compte des castors parce qu'il n'y en avait presque plus. Or, la présence de tous ces barrages a un impact important car tout barrage va finir par céder un jour, emportant des routes et même parfois des maisons, si le barrage est situé haut en montagne. Mais l'affaissement soudain d'un barrage de castors est aussi une source de vie car il attire des prédateurs qui vont se nourrir des castors sans défense et des poissons coincés dans le lac asséché», fait-il remarquer. Selon Michel Leclair, en oubliant le rôle du castor comme régulateur du niveau des eaux, la société a commis des erreurs importantes dans la construction des villes. Aujourd'hui, les villes sont forcées de recréer des étangs, (appelés bassins de rétention), pour contrôler le niveau des ruisseaux urbains, principalement lors des gros orages.
Dans le parc de la Gatineau, Michel Leclair a développé une technique de contrôle des niveaux d'eau, permettant de prévenir les inondations sans détruire les barrages et sans tuer les castors. Des drains sont installés dans les barrages de castors et il trouve des façons d'empêcher les castors de remplir ces drains. «Lorsqu'il y a un tuyau de drainage sous une route, il faut s'assurer que le castor ne bouchera pas ce drain. On peut alors construire un barrage, tout juste en amont, afin que le castor utilise le tuyau comme passage et ainsi on est certain qu'il ne le bouchera pas».
Malgré la popularité d'Éco-Odyssée, Michel Leclair continue à s'occuper des castors du parc de la Gatineau et d'ailleurs et à vérifier l'état des barrages afin de prévenir les dégâts. Il aimerait aussi diffuser les connaissances acquises au fil des ans afin que les responsables de la gestion des castors comprennent mieux cet animal fascinant et qu'ils soient en mesure de prévenir les dégâts, sans avoir à tuer ces animaux.
Vous pouvez entendre la Personnalité de la semaine ce matin, à 8h40, à l'émission Bernier et Cie animée par Carl Bernier et diffusée à la radio de Radio-Canada au 90,7 FM, ainsi qu'à 18h au Téléjournal Ottawa-Gatineau présenté par Michel Picard, à la télévision de Radio-Canada.