Maude Guérin confie qu'elle a appris à se découvrir à travers les personnes qu'elle a interprétés.

Le théâtre comme planche de salut

«Le théâtre m'a sauvée. C'est pour ça que je n'ai pas de difficultés à jouer Carmen. Car ce qu'elle dit, dans le fond, c'est: 'Trouvez votre passion et foncez!'»
Et c'est justement ce que Maude Guérin a fait, quand elle a commencé à faire du théâtre, à 14 ans.
Adolescente, la comédienne aujourd'hui dans la quarantaine se trouvait «grosse et pas belle».
«J'étais très introvertie, raconte-t-elle, attablée devant un café, à Ottawa. Quand j'ai découvert le théâtre, toutes mes pudeurs sont tombées. Je n'avais plus aucun complexe parce que j'avais la possibilité de devenir un personnage. Ç'a carrément changé mon parcours.»
C'est dans ce médium artistique qu'elle puise la force de quitter son village natal de La Tuque, où elle avait l'impression de s'étioler.
Diplômée de l'École de théâtre du Cégep de Saint-Hyacinthe en 1988, Maude Guérin se fait toutefois gentiment prévenir par l'un de ses professeurs: «Il m'avait dit que je devrais patienter jusqu'à la trentaine avant de vraiment me tailler une place dans le milieu. Il a eu raison. Je n'avais pas la gueule d'une jeune première...»
Depuis quelques années, cependant, elle accumule les rôles significatifs et diversifiés.
Ainsi, elle passe de l'enquêteure Maud Graham dans Le Collectionneur, au cinéma (2002) à Dominique, l'avocate lesbienne aux opinions tranchées de la télésérie Toute la vérité, ou encore de l'univers de Tchekov à celui de Michel Tremblay, sur les planches.
Autant de personnages dont elle peut explorer les moindres failles afin d'en faire ressortir toutes les nuances, ce qu'elle aime par-dessus tout.
C'est là toute la beauté du métier qu'elle pratique: avoir la chance de repousser ses propres limites à chaque rôle.
«On se découvre à travers ça. Jouer deux fois le même personnage ne m'intéresse pas!»
Trois décennies et cinq Gémeaux (dont le doublé Meilleurs premier rôle et rôle de soutien pour les dramatiques Toute la vérité et Providence, en 2011) plus tard, elle éprouve néanmoins encore «de la misère à composer avec les nominations et les prix».
«Je vis toujours une sorte d'ambivalence par rapport aux récompenses, avoue-t-elle. Pour moi, elles viennent assurément à force de travail. Faire des efforts demeure la seule façon d'arriver dans la vie, selon moi.»
Une leçon de vie qu'elle se fait un devoir de rappeler à son fils de 11 ans, Edmond.
«En cette époque où les téléréalités génèrent des vedettes instantanées, c'est d'autant plus important de valoriser l'effort!» clame la maman avec passion.