En quatre solos intenses et fluides, Aakash Odedra invite le spectateur à savourer toutes les nuances du kathak, en décompose les figures, en extrait la substantifique moelle. Il fait entrer le spectateur dans les arcanes d'un style complexe qu'il élève à son firmament.

Le solo dans tous ses états

Cette année, la série Face à face coprésentée par le CNA et le Centre de danse contemporaine ODD a brandi un atout choc, vif comme l'éclair: le danseur britanno-indien Aakash Odedra. À découvrir toutes affaires cessantes dans Rising, quatre solos conçus en collaboration avec des chorégraphes réputés, Akram Khan, Sidi Larbi Cherkaoui et Russell Maliphant. Au studio du CNA jusqu'à demain.
Densité, volubilité et vitesse d'exécution du mouvement y font merveille. Les chorégraphies taillées au cordeau puisent dans le kathak, cette danse classique du nord de l'Inde. Au sein de ce qui ne pourrait être que prouesse physique, vélocité et claquement de pieds, on est vite gagné par une sorte d'ivresse métaphysique tant l'éclat de la danse et la scénographie ingénieuse absorbent le regard, surprennent et fascinent à la fois. La danse à son firmament!
À la Cour des arts
Mercredi 5 février, jour de lancement de la seconde édition de la série Face à face, il s'agissait d'enchaîner les spectacles tout en évitant de se tromper de salles.
À 19h30, direction le Théâtre de la Cour des arts où Anne Plamondon proposait le premier solo de la soirée. Aucun confort ni mental ni physique chez cette danseuse qui a fait ses classes à l'École Nationale de Ballet du Canada. «Les mêmes yeux que toi» règle ses pas sur ceux d'un père atteint de troubles mentaux. Il était chauffeur de taxi à Québec. Sa fille a choisi les grands espaces des plateaux de danse, l'exigence du mouvement athlétique pour s'exprimer.
En chaussettes et camisole fine, Anne Plamondon organise un trafic de gestes et d'émotions qui entremêle la progression de la folie et la dépossession de soi. Par tics quotidiens, d'abord, qu'elle amplifie à la manière d'un automate déréglé. Cette traversée de la douleur s'affranchit ensuite de toute référence pour ne raconter que l'anéantissement causé par la violence extrême de la maladie. Danse en apnée devant l'innommable, corps démembré face à l'insoutenable. La jambe tendue dans les airs telle un dard de scorpion, Anne Plamondon évolue sur la corde fine du passé, celui de son enfance, comme pour un extraire l'essence d'une beauté différente.
À 21h, descente en absurdie jusqu'au Studio ODD Box, où nous attendait le Français Clément Layes, son arrosoir et sa bouilloire fumante. Facétieux et décalé, son solo Allege en a certainement surpris plus d'un. Un verre en équilibre sur la nuque, l'interprète, condamné à contempler ses pieds, vide des récipients à l'aveugle, en remplit d'autres, fait abondamment déborder son ouvrage et prend un malin plaisir à mettre les pieds dans l'eau.
Au gré d'un ballet de plante à arroser, de bouteilles à vider et de poubelles à remplir, une fable absurde et drolatique jaillit sur le malaise mental et physique que la mise en scène fait jouer à plein régime. Boutade (quelques spectateurs rient) ou pochade (certains sourient)? Le résultat procure néanmoins la sensation d'un coup d'épée dans l'eau.
La série se poursuit jusqu'à demain et propose une après-midi marathon où l'on peut enchaîner les quatre spectacles les uns à la suite des autres.